France Télévisions: le plan de Delphine Ernotte

par 2commentaires No tags 0

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La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, peaufine un vaste plan d’économies (présenté devant son conseil d’administration le 21 décembre prochain) visant à absorber sans trop de casse ou de douleurs les 75 millions d’euros de coupes budgétaires (au total) décrétés par l’État et dont je donne le détail dans les colonnes du JDD. Toute la semaine écoulée, la pédégère s’est employée à désamorcer la crise qui frappe la rédaction de France 2, où l’on s’inquiète de coupes sombres opérées sur les magazines Envoyé Spécial et Complément d’enquêtes. En renonçant à tailler dans le vif,  Delphine Ernotte espère échapper à la motion de défiance que les journalistes du groupe menacent de voter. Réduction de la  masse salariale (180 postes), réduction de la voilure sur les moyens alloués à l’info, économies sur les frais de structures et de diffusion, renégociation des coûts de production pour les émissions dites de flux, mises en vente de biens immobiliers, coups de rabots sur les droits sportifs : l’effort est conséquent. Et il est censé répondre aux exigences de rigueur de l’état qui réclame des réformes et s’impatiente.

Pour la pédégère, il s’agit  également de ne pas faire replonger dans le rouge un groupe qui accusait de solides pertes à son arrivée à la tête d’une entreprise dont les comptes sont aujourd’hui à l’équilibre. Car c’est d’une une entreprise fragilisée financièrement dont hérite Delphine Ernotte. Avec 218 millions d’euros de pertes cumulées sur cinq ans, inscrites au passif de son prédécesseur, Rémy Pflimlin, France Télévisions va mal. Avec des capitaux propres qui passent de 496 millions d’euros en 2010, à 270 millions fin 2015 et une trésorerie qui affiche un solde négatif de 134 millions d’euros en 2015, quand elle était positive en 2010 (à hauteur de 208 millions d’euros), le groupe France Télés n’est pas flambard. Cette situation, que la Cour des Comptes n’a d’ailleurs pas manqué de la dénoncer dans un rapport accablant, elle s’explique notamment par la chute des recettes publicitaires, de près de 120 millions d’euros sur cinq ans. Et par l’augmentation de la masse salariale qui explose alors: 80 millions d’euros sur ces mêmes cinq années. En deux ans, la nouvelle élue est parvenue à redresser la barre. Or ce nouveau coup de ciseau dans le budget du groupe qu’elle dirige, décidé à l’automne par l’état, oblige un nouveau tour de vis.

 

 

 

 

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2 Comments
  • Livinstella
    décembre 4, 2017

    On ne dit pas pas coupe sombre mais coupe claire lorsque l’on veut parler d’une coupe importante.
    Coupe sombre : la coupe d’arbres est peu importante. Vu du haut, on ne voit pas que l’on a enlevé des arbres de la forêt
    Coupe claire : la coupe d’arbres est importante, Vu du haut, on distingue la « clairière » issue du fait que l’on a enlevé des arbres de la forêt

  • Un autre point de vue
    décembre 6, 2017

    Un autre point de vue…

    https://cgc-snpca.blogspot.fr/2017/12/la-colere-gronde-france-televisions.html

    FRANCE TV, LA SPIRALE INFERNALE

    Par Thierry VILDARY, élu indépendant du CE siège de France TV.

    Il faudrait donc croire sur parole Delphine Ernotte : la cure d’économies que nous annonce le JDD, issue de « la fuite » de documents de son entourage proche, serait donc uniquement la conséquence de réductions budgétaires qu’impose le gouvernement. De cinquante millions d’euros à l’origine, nous serions d’ailleurs passés à soixante-quinze millions.

    Le rabot perpétuel
    Le résultat : encore des suppressions de postes (180), d’émissions et des coupes sombres dans le catalogue des sports, pour le moins. Tout cela à l’issue d’un épisode où l’on a craint pour les magazines d’info « Envoyé Spécial » et « Complément d’Enquête ». Une source annonçait à un journaliste le licenciement de tous les CDD des magazines, pour finalement se résoudre à trois suppressions de postes, soit quand même 5 à 6 personnes de moins.

    Sous le coup de l’émotion et des annonces brutales de la direction de l’info, les salariés auraient maintenant l’impression d’avoir évité le pire et en seraient presque soulagés ! Passant sur le fait que la direction s’apprête encore à nous retirer 30 postes, ce qui était sans doute l’objectif de départ.

    Ce plan serait presque raisonnable, d’autant qu’il est présenté comme résultant de l’unique volonté de l’actionnaire, contre la volonté duquel – c’est bien connu – rien n’est possible !

    Un chapelet d’incohérences
    Les économies qu’a décidées l’État ne sont pas une bonne nouvelle, certes, mais elles représentent moins de 2% du budget de France TV. Est-ce soutenable et sinon pourquoi ?

    Le rapport entre l’effort demandé et ses conséquences, semble démesuré à chaque salarié, est-ce une fausse impression ? Sinon pourquoi ? Les salariés de France TV et les contribuables, sont-ils ou non l’objet d’une bataille de communication à coup de chiffres sur lesquels ils n’ont aucune prise ? Autant de questions qui méritent d’être posées, « à tiède », à l’issue de cette « séquence » comme disent les analystes politiques.

    Danse avec les chiffres
    L’état financier de France Télévisions tout d’abord. Si l’on en croit la présidence, la CGT, FO et même à présent la CFDT, qui partagent à l’unisson la même analyse, la situation financière de FTV est menacée par cette contrainte de l’actionnaire public, alors même qu’elle serait revenue à l’équilibre, pile-poil cette année !

    Près de 220 M€ auraient donc été économisés en deux ans et demi de présidence Ernotte, c’était le déficit laissé en héritage par Rémy Pflimlin. Quel effort! Quel exploit! Nous voici donc, alors que les ressources de France Télévisions, par le biais d’une nouvelle taxe sur les fournisseurs d’accès internet, ont augmenté, sur une pente d’environ 100 M€/an de marge brute. Alors question : comment un groupe qui économise 100M€/an sur son budget, tout en lançant une chaîne info, peut-il se retrouver contraint de mettre en place un plan de départs volontaires, sabrer dans ses moyens d’infos déjà dégraissés (nous y reviendront), vendre certains bijoux de famille dans son catalogue de sports, renoncer à candidater sur les JO 2024, une de ses missions historiques, passer par-dessus bord des magazines d’info historiques ou qu’il vient de lancer ?

    En clair, il faudrait croire Delphine Ernotte quand elle dit que FTV ne peut pas absorber 50M€ d’économies imposées par l’état, mais il faudrait aussi la croire quand elle dit que le groupe va dégager de nouveau, sur sa lancée, 100M€ de marge sur l’exercice en cours, comme lors de deux derniers exercices. C’est tout le problème des médailles de bonne gestion que l’on s’accroche soi-même au revers du veston.

    Alors de deux choses l’une
    Soit les chiffres et les bilans annoncés par la présidence sont faux et la situation affichée n’est pas celle-là, auquel cas il faut diligenter un audit sérieux dans les meilleurs délais.

    Soit les chiffres sont justes et dans ce cas, les mesures d’économies masquent en réalité une politique éditoriale qui ne nous est pas annoncée clairement.

    Problème dans ces deux hypothèses, on ment aux salariés et aux contribuables. Il est aussi possible que les deux hypothèses soient valides, c’est à dire que les chiffres qu’on nous présente ne soient pas les bons et que les vraies contraintes de Delphine Ernotte ne soient pas celles qu’elle nous présente la main sur le cœur.

    Hypothèse 1
    Oui France Télévisions a réduit sa voilure, tous ceux qui dans l’entreprise font de la télé ou y concourent, le vivent au quotidien. Des postes non remplacés, des CDD (c’est à dire des congés maladies non remplacés par exemple) qui disparaissent, des journées de 11h à 13h pour des équipes de tournage afin d’éviter des frais de mission, du montage en moins, des temps de préparation de plateaux réduits au minimum, etc…Pourtant chaque année, ceci n’est pas suffisant. Puisqu’on en parle beaucoup ces jours-ci, l’info à elle seule a fourni l’équivalent de 100 postes en économie d’échelle entre 2016 et 2017 (chiffres fournis à notre demande par la direction en commission emploi la semaine dernière). Voilà qui validerait donc la piste des économies et du retour à l’équilibre.

    Pas tout à fait, car pendant que tout le monde se serre la ceinture, la présidence a lancé France TV dans des projets démesurés sans en estimer ni les coûts, ni les conséquences. En premier lieu la chaîne info. Près de 180 personnes, environ, 80 embauches sèches, mais zéro cash pour fonctionner avec des plannings qui craquent aux coutures. Les postes économisés à l’info sont là et on ne compte pas les contributions directes en personnels des autres chaînes (nous le faisons tous de bonne grâce), ni les apports en nature. Il est en effet curieux de noter que dans une maison qui a érigé la comptabilité analytique en religion et la refacturation interne en table de la loi à calculer, ceci ne concerne pas la chaine info. Faisceaux non comptés, mise à disposition de personnels des chaînes, plateaux de duplex non facturés, etc. Malgré tout cela n’empêche pas les deskeurs, certains monteurs, des assistants, des chefs d’éditions, des journalistes etc. de commencer à craquer devant les cadences qu’il faut tenir et face au manque de moyens. Quant à l’audience, elle reste un sujet tabou.

    Il aurait été beaucoup plus simple de renforcer la version française de France 24 qui existe déjà mais évidemment cela n’aurait pas donné lieu à ce moment de communication personnelle qu’est « l’appuyage sur le bouton » d’une nouvelle chaîne. En somme, une majorité de salariés de « Franceinfo : » souffrent, pendant que les autres voient leurs conditions de travail se dégrader. Voilà où va une première partie des économies générées par tous.

    Le 18 septembre dernier une consigne venant de la Direction de l’info annonçait la fin des tournages avec des JRI maison pour les magazines info et sports. C’était bien avant les annonces gouvernementales. La marche à suivre : tout commander à l’extérieur, soit 30 à 50 % plus cher. Raison invoquée, rentrer dans les clous que nous impose Bercy en matière d’ETP. En somme « commandez à l’extérieur tant que vous avez encore une ligne budgétaire, et après, et bien vous verrez ». Une manière, encore une fois, de renvoyer la responsabilité sur l’État seul, tout en asphyxiant les magazines. Affaiblis, ils seront plus facilement liquidables.

    Tout ceci, n’est surement pas la photographie d’une entreprise qui regagne des marges de manœuvres et revient à l’équilibre mais au contraire d’un vaisseau qui navigue à vue et dont la capitainerie définit le cap au jour le jour en fonction des urgences de sa communication. Des pratiques de cabinet ministériel de la 4ème République, pas celles d’un grand groupe audiovisuel moderne.

    La Cour des comptes, dans un rapport publié cette année, pointe une situation financière alarmante et une caste de plus de 100 de hauts cadres au dessus de 120 000€ et plus de 240 au dessus de 96 000€. Et encore, de par la marge de manœuvre dont dispose un groupe audiovisuel pour présenter son bilan (c’est lui-même qui détermine la valeur des programmes en stock), il est très compliqué d’y voir clair financièrement. Un audit extérieur et indépendant parait donc aujourd’hui indispensable car il y a longtemps que les gens sérieux dans le milieu, reçoivent avec la plus grande méfiance, toute communication financière venant de FTV. À part les membres du Conseil d’Administration qui, sous anesthésie générale, lèvent toujours le bras sans barguigner (c’est en tous cas comme cela qu’ils sont vus au 8ème étage !)

    Hypothèse 2
    Si, aussi improbable que cela puisse paraître, les chiffres fournis sont justes. C’est à dire que France TV revient à l’équilibre et s’apprête à dégager 100M€ de marge en 2018 et que, malgré tout, pour 50M€ d’économies imposées, il faille mettre les chariots en rond, rationner l’eau et les boites de singe, alors, c’est que ces économies sont employées ailleurs. C’est que Delphine Ernotte sabre délibérément dans l’info, les magazines, les programmes et le sport au profit d’autres projets, comme elle l’a fait déjà pour la chaine info, nous l’avons vu.

    Cette hypothèse est en partie étayée par ses annonces concernant le feuilleton qui doit être lancé sur France 2. Un projet coûteux à la réussite incertaine comme celui de TF1 vient de le démontrer et qui impose déjà une réduction des productions de fiction de « la filière prod ». Il y a aussi et surtout faudrait-il dire, le french Netflix, l’obsessionnelle SVOD. Le projet pharaonique de Delphine Ernotte : regrouper des diffuseurs européens pour vendre leurs programmes sur une plateforme de vidéo à la demande.

    Devant le flou du projet, Bercy n’a accordé (puisque c’est hors COM) qu’une ligne de crédit de 500.000 € cette année. Elle est déjà absorbée car, il y a dix jours, 5 dirigeants de cette filiale, dont trois recrutés à l’extérieur, ont été nommés. Pour le reste, la présidence prévoirait un budget de 15M€ sur trois ans pour lancer l’engin !

    Tout un chacun a déjà apprécié la capacité de Delphine Ernotte à surestimer la réussite à venir de ses projets autant qu’à sous-estimer leur besoins de financements. Le premier budget présenté pour la chaine info était de 17M€ (risible), deux mois plus tard, toujours en CE, il était déjà passé à 27 M€. Où en est-on réellement aujourd’hui ? S’il y a des marges de manœuvres dégagées (et pour sûr il y en a) c’est donc qu’elles sont utilisées à des projets de développement incertains voire chimériques ou hors de portée.

    Surtout, elles sont employées dans des projets sous-financés qui, une fois lancés, devront nécessairement être re-financés, en ponctionnant encore plus les capacités de production de France TV. Ainsi les plans d’économies toucheront-ils, sans fin, les secteurs qui produisent des contenus, au cœur du savoir-faire et des missions de France TV, à savoir principalement l’info et les programmes. Tout ce qui n’est pas la culture de quelqu’un dont ce n’est pas le métier et qui se retrouve à gérer 2,8 milliards d’euros…mais ça, c’est encore un autre débat

    Devant un si brillant avenir et de si enthousiasmants projets, Xavier Couture ne s’y est pas trompé, il a décidé de s’en aller pour se lancer dans un projet de plateforme numérique dans le sport, mais à Londres. Quelle marque de confiance !

    Le gouvernement ne nous facilite pas la tâche en changeant les règles en cours de Contrat d’Objectifs et de Moyens mais ce n’est pas la première fois. Il aurait d’ailleurs été étonnant, au regard du contexte, de passer au travers. France Télévisions a réussi autrefois à absorber la fin de la pub après 20H mais surtout nous avons tous dû décaisser les restrictions imposées par la gouvernance Ernotte pour financer ses projets incertains et non maîtrisés.

    Un contre-pouvoir affaibli
    Cet éclairage ne vous sera pas présenté par les canaux habituels du contre-pouvoir à l’intérieur de l’entreprise. Il faut reconnaitre la compétence des réseaux de Deplhine Ernotte pour amadouer les « partenaires sociaux », puisque la majorité d’entre eux entonne maintenant en chœur le même refrain de « l’État seul responsable de tous nos maux ». Une situation unique dans l’histoire récente du syndicalisme. La conséquence: des salariés qui ne savent pas si ce qu’ils vivent est bien réel car les relais de leur situation sont faibles ou très minoritaires.

    Non la situation n’est pas totalement désespérée ; non les tours de vis autour du cou de ceux qui fabriquent de la télé et du contenu ne sont pas inévitables. Ils découlent de choix ou d’erreurs de gestion de l’entreprise, des choix très clairement contestables et dont le constat est sans appel, à savoir qu’aucun d’entre eux ne s’est jusque-là montré judicieux mais plutôt coûteux et hasardeux. Combien de rentrées faudra-t-il pour retrouver une grille de l’après-midi qui marche et évite de rembourser les annonceurs ?

    Arrivera un moment où il faudra clarifier le discours et apporter des réponses: dégageons-nous des marges ou sommes-nous pendus par 50M d’euros de coupes budgétaires sur 2,8 Milliards d’euros ?

    Comment croire encore à un double discours qui jongle avec les chiffres, joue avec les salariés et finalement trompe le contribuable, c’est à dire brouille l’indispensable lien de confiance qui nous unit avec le public, notre plus précieux capital ? »

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