Emmanuel Macron et les médias: de la connivence à la rupture

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« Trop souvent, pouvoir et médias ont donné l’impression d’une complicité, et parfois d’une brutalité qui était son revers, dont (la) dignité démocratique fut la première victime ». Lors de ses  vœux à la presse, Emmanuel Macron a voulu rappeler l’impérative nécessité pour le pouvoir politique de se garder à distance des médias. Et pour la presse, l’obligation de ne pas entretenir avec les princes qui nous gouvernent des relations de type consanguines ou de connivence. Ces propos  plein de bon sens mériteraient d’être salués s’ils ne résistaient pas à une réalité toute crue : car Emmanuel Macron, comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande durant leurs campagnes respectives, a joué des médias tout au long de sa conquête avec un soin particulier de chaque instant et un savoir-faire d’une redoutable maitrise. Changement de cap et de ton huit  mois plus tard: il y a chez Macron, contrairement à ses deux prédécesseurs qui une fois élus n’ont pas varié dans leurs comportements à l’égard des journalistes, un avant et un après campagne…

Durant ces longs mois passés à sillonner la France, à l’hiver et au printemps  2016,  Emmanuel Macron a laissé à l’armée de ses contempteurs et à la caravane de journalistes présents dans son sillage le souvenir d’un candidat accessible, chaleureux, voire familier et cavalier : un homme tout en confidences et apartés. Epaulé pour sa communication par une phalange de professionnels, (au premier rang desquels Michèle Marchand, une très efficace et talentueuse faiseuse de « coups » au carnet d’adresse roboratif), l’homme est alors bien loin des propos qu’il tient aujourd’hui : les journalistes sont les bienvenus, le tutoiement est souvent de mise et son bureau un lieu de passage ouvert à tous les vents. Les journalistes? Une meute domestiquée qu’il cajole, entretient, abreuve, éclaire, caresse dans le sens du poil, mais tient bride courte.

Ces liens de connivences qu’Emmanuel Macron atomise aujourd’hui avec autorité sont son alors lot quotidien. Et la presse s’en félicite, qui promène l’encensoir. Disponible, volubile, disert, le candidat d’En Marche vend son programme avec l’habilité d’un VRP que rien ne fâche. Tout est millimétré : chaque media est ciblé, chaque couverture de Match, de Gala ou d’un news magazine est parfaitement orchestrée. Chaque éditorialiste a droit à son quart d’heure. Chaque reporter présent lors de ses déplacements se voit créditer d’un mot, d’un geste, d’une attention. Avec la promesse qu’une fois cette campagne repliée et quelle qu’en soit l’issue, « on  se reverra ». Les journalistes ont alors le sentiment que s’ouvre une lune de miel, une ère nouvelle, avec ce trentenaire qui parle cash et qui semble vouloir banaliser, normaliser, ses rapports avec les médias.

Or ce n’est plus le même homme qui franchit le seuil de l’Elysée à l’été. Changement de ton et de style: L’édifice se fait bunker, la presse est renvoyée dans ses quartiers. Les familiers d’hier bannis du premier cercle. Même certains de ceux qui avaient tout plaqué pour rejoindre son staff de campagne, telle l’ancienne correspondante de Canal+ à Washington, Laurence Haïm, sont éjectés.

Pilotée par cette même équipe qui l’a cornaquée tout du long de la campagne, la communication du Président s’apparente alors à une mécanique de précision où rien n’est laissé au hasard. Tenus à distance d’une cité interdite, l’Elysée, les journalistes sont devenus indésirables : une armée de supplétifs que l’on sonne au cas par cas.

Pourquoi ce virage ? La campagne repliée et le boulot effectué, Emmanuel Macron a choisi de couper le cordon. L’homme a sans doute voulu tirer une leçon des erreurs commises par le passé par ses deux prédécesseurs. Ne pas tomber dans les errements d’un Nicolas Sarkozy binaire, – mi cajoleur, mi volcanique- qui s’est mis pour finir l’ensemble des medias à dos.

Et ne pas succomber, par ailleurs, comme François Hollande, aux numéros d’ensorcellement de journalistes qui l’auront piégé au fil de confidences surréalistes consenties dans l’intimité de son bureau. Emmanuel Macron a donc choisi une troisième voie: celle de la distance.

Une voie étroite qui n’est praticable seulement par beau temps.

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1 Comment
  • red john
    janvier 7, 2018

    C’est le principe du : Je lèche, Je lache, Je lynche. Macron a eu besoin des médias. Une fois élue il les remet en place pour montrer qui est le patron pas comme Hollande et à la fin il reviendra vers eux pour se faire élire. Il comprend très bien comment ça fonctionne. Il fait des courbettes à Hanouna ou à Barthez pour attirer la clientèle jeune et CSP….Rien de neuf sous le soleil. on avait déjà vu ça avant avec Sarko. Maintenant j’ai hate de voir ce qu’il va faire du service public rempli de planqués et de syndicalistes. Si Monsieur arrive à remettre en place et à faire évoluer ces maisons comme RF ou FTV alors là je dirai chapeau. Le plus sera France 3 modifier quoi que ce soit la dedans est risqué.