Françoise Nyssen ou la chronique d’un chute annoncée

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French Culture Minister Francoise Nyssen talks to French President Emmanuel Macron (R) during a visit to Les Mureaux on February 20, 2018. / AFP PHOTO / POOL / LUDOVIC MARIN

 

Françoise Nyssen ne résistera pas à la lame de fond qui va l’emporter. Tombera-t-elle avec le prochain remaniement ou peu après ? Peu importe: son sort est scellé. La chute de cette éditrice tombée en politique par le plus grand des hasards est écrite de longue date. Et l’affaire qui la vise, révélée par le Canard Enchaîne, est une aubaine pour Emmanuel Macron.

Le locataire de l’Elysée cherche en effet depuis de longues semaines la fenêtre de tir, le bon tempo et la manière pour débarquer en douceur celle avec qui Brigitte Macron et lui-même entretiennent des liens anciens. La politique a cela de cruel et d’implacable que personne n’échappe à la guillotine quand la sanction tombe. Or Françoise Nyssen ne peut plus tenir.

Ce fut une erreur de casting. Comme ce fut le cas avec  Catherine Trautmann, Philippe Douste-Blazy ou encore Georges Kiejman, des éphémères ministres de la Culture et de la Communication dont le bilan fut tout aussi calamiteux. Il est assez surprenant de voir se répéter les mêmes erreurs. Ce ministère est en effet (avec celui de l’Ecologie) l’un de ces endroits où la société civile vient y poser fréquemment ses valises. Comme si cette fonction pouvait être embrassée par le premier venu. Comme si ces ministères étaient des hochets ou des gadgets. C’est oublier la technicité, la complexité, de cette immense maison, l’importance des dossiers à traiter, la lourdeur de l’administration qui le régit, la complexité de l’environnement et ses enjeux.

Faisant appel à deux de ses fidèles, François Mitterrand avait eu l’habilité de scinder ce ministère en deux, en 1981 : la culture d’un côté, la communication de l’autre. Jack Lang et Georges Fillioud s’étaient ainsi partagés ce ministère : au premier la Culture, au second, la Communication. Résultat: ce binôme, parmi les plus efficaces de la Cinquième République, avait accompli les réformes les plus importantes qu’ai connu la France en ces domaines. Emmanuel Macron pourrait s’en inspirer.

Venue d’une petite maison édition (Acte Sud) la sympathique et avenante Françoise Nyssen ne pouvait qu’échouer. Outre un cabinet très faible et une communication désastreuse, elle n’a jamais su et pu prendre la mesure d’un ministère qui l’aura englouti. Béotienne et étrangère à cette caste que constitue la haute fonction publique, elle ne pouvait que s’y noyer. Etrangère à ce métier, sans vrai vision, ni réel projet, elle ne pouvait que s’y brûler les ailes.

Or l’Elysée appréhendait l’arrivée à l’Assemblée, l’an prochain, d’un projet de loi sur l’audiovisuel important, d‘une très grande technicité, que Françoise Nyssen aurait eu le plus grand mal à défendre devant le Parlement. Il n’est de voir ses sorties approximatives dans les médias audiovisuels et sa faible connaissance des dossiers. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Elysée avait décidé de la recadrer, au printemps,  confiant à Matignon le soin de l’épauler, de superviser son travail, ainsi que sa communication. Mais rien n’y a fait.

L’affaire qui la plombe fait un levier tout trouvé pour l’exfiltrer. Sa situation est devenue intenable. Et Emmanuel Macron s’est mis en quête d’un successeur. Il y a fort à parier que le prochain locataire de la rue de Valois ne sera pas un novice et encore moins un (ou une) parachuté venu de la société civile. Mais sans doute un technicien rompu aux codes, aux langages et rouages de l’Etat, ainsi qu’aux arcanes du pouvoir.

Ce dont Françoise Nyssen aura cruellement manqué.

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1 Comment
  • Amélie56
    septembre 3, 2018

    casting (officieux) pour le poste de Ministre de la Culture :
    Marlène SCHIAPPA
    Sylvain FORT
    Philippe BELAVAL
    Jean-Marc DUMONTET
    Bertrand DELANOE

    si c’est Schiappa, ce sera une vraie catastrophe !
    résultat : mardi 4 septembre en soirée