L’édifiant scoop de la Tribune de Genève sur la tentative de corruption de la magistrature genevoise par l’oligarque de Monaco, Dmitri Rybolovlev

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Dans un article, publié ce matin, la Tribune de Genève démonte, pièces à l’appui, la tentative de corruption de juges genevois par l’oligarque, propriétaire du club de foot de la principauté de Monaco, Dmitri Rybolovlev. L’un des chapitres haut en couleur d’un roman noir démarré il y maintenant sept ans. Édifiant.

Extraits.   

 

 

 

Le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev et son avocate Tetiana Bersheda ne sortent pas blanchis de l’ordonnance de classement du 5 septembre dernier, rendue par le premier procureur genevois Stéphane Grodecki, dont «La Tribune de Genève» a pu prendre connaissance. Surprise. Les considérants confirment les allégations du marchand d’art Yves Bouvier qui a dénoncé le clan Rybolovlev pour l’avoir incité à corrompre des juges genevois, en charge de son coûteux divorce d’avec sa femme Elena en 2014 (lire «Le Matin Dimanche» du 26 août 2018). Pire, les soupçons sont si lourds que le Parquet se réserve la possibilité d’une réouverture de l’enquête.

 

C’est du moins ce qu’affirme l’ordonnance, dans des termes accablants à l’encontre de l’oligarque russe: «Le Ministère public précise d’ores et déjà que si des éléments devaient apparaître, démontrant un début de l’exécution (ndlr: de la tentative de corruption), la procédure serait reprise sans délai.»

 

Et pour cause. Si les preuves manquent encore, les faits décrits dans l’ordonnance confortent les affirmations d’Yves Bouvier, victime d’un chantage de la part de son ex-client, pour lequel pourtant il avait constitué l’une des plus riches collections privées d’œuvres d’art au monde au cours des dix années qui avaient précédé leur rupture. C’est un jugement du 13 mai 2014 du Tribunal de première instance de Genève qui condamna alors Dmitri Rybolovev à verser la moitié de sa fortune à sa future ex-épouse Elena, soit plus de 4 milliards de francs suisses, qui a mis le feu aux poudres.

 

«J’ai fait ta fortune, aujourd’hui c’est à toi de protéger la mienne», avait asséné le milliardaire russe à Yves Bouvier en août 2014 dans sa villa de Saint-Tropez. Le 6 octobre suivant, l’avocate de Rybolovlev Tetiana Bersheda remettait au marchand d’art une enveloppe contenant les noms de tous les juges impliqués dans le divorce qu’il s’agissait d’acheter ou d’intimider par du chantage.

 

Le refus catégorique d’Yves Bouvier causera sa perte. Le Russe sera dès lors implacable, allant jusqu’à l’arrestation du Genevois à Monaco, en janvier 2015, et à son inculpation pour escroquerie à hauteur, prétendument, de 1 milliard de francs suisses. Depuis bientôt quatre ans, aucun procès n’a pourtant encore débuté dans la Principauté.

 

Le Premier procureur Stéphane Grodecki écrit ainsi, après comparution des prévenus (Dmitri Rybolovlev et Tetiana Bersheda) et confrontation des parties: «Nonobstant le contentieux très important entre le dénonciateur (Yves Bouvier) et les prévenus, deux éléments permettent d’accorder un crédit important aux déclarations d’Yves Bouvier.»

Ces éléments sont, d’une part, un courriel de Tetiana Bersheda du 30 septembre 2014 envoyé à Yves Bouvier qui atteste l’existence d’une liste comprenant les noms des magistrats à corrompre. L’ordonnance ne laisse place à aucune interprétation. «La transmission de cette liste (…) tend à accréditer la thèse d’Yves Bouvier», selon laquelle il lui fut demandé, fin 2014, de corrompre et/ou de faire chanter les juges en charge de son recours contre le premier jugement de son divorce, par toutes les façons possibles et quelle que soit la somme que cela en coûtera.

D’autre part, le Parquet genevois évoque le témoignage de l’avocat d’Yves Bouvier, délié de son secret professionnel. Ce dernier a ainsi pu montrer la liste et confirmer avoir dit à son client de ne pas céder aux pressions du Russe. Dans l’ordonnance, on lit: «Ce témoignage objective de manière très importante les déclarations d’Yves Bouvier.»

Même si les faits, à ce stade de la procédure, n’ont pas été jugés suffisants pour établir l’existence de démarches concrètes de corruption des magistrats, le doute et le malaise subsistent quand on apprend qu’un avocat, chargé de la rédaction de l’appel déposé dans la procédure de divorce, a bien transmis par courriel des informations précises quant aux magistrats potentiels des audiences à venir. Le procureur Grodecki observe: «Il s’agit des mêmes informations, à la virgule près, qui ont été remises par Tetiana Bersheda à Yves Bouvier».

Pourquoi, dès lors, avoir «dû classer», comme l’a décidé le Ministère public genevois? L’ordonnance relève que si «la tentative de contrainte ou de corruption est punissable, en revanche les simples actes préparatoires de contraintes ou de corruption actives ne sont pas punissables». (…)

 

 

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