Jean-Michel Aphatie pris à partie par un gilet jaune: quand la bêtise franchit le mur du son

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La scène est surréaliste. Minable. Interpellé au détour d’une rue par un gilet jaune (supposément journaliste), l’éditorialiste politique d’Europe 1 mériterait les honneurs de la profession, tant la charge est d’une bêtise crasse. On pourrait s’arrêter là et considérer tout simplement que l’agression de cet énergumène, car s’en est une, relève de la médecine. Et que ce pot-pourri de clichés déversé sur ce malheureux confrère n’a que peu d’intérêt, si ces attaques étaient un concentré de tout ce que l’on peut entendre sur bien des ronds-points de France, depuis plusieurs semaines.

Une profession de vendus ; des éditorialistes à la botte des politiques et au service de leurs actionnaires ; des journalistes roulant sur l’or ; des médias ligotés par leurs propriétaires capitaines d’industrie… c’est cette musique de fond insidieuse, poisseuse, qui accompagne cette crise et chemine comme du chiendent.

Cet individu, que l’on n’aurait pas aimé avoir comme voisin de palier sous l’Occupation, sait-il que la liberté de penser et d’expression sont des valeurs fondamentales dans une démocratie? Que les journalistes sont les derniers remparts quand une démocratie vacille ? Que cette profession sinistrée et hachée menue, à coup de plans sociaux, s’est paupérisée au fil des décennies? Et qu’un Jean-Michel Aphatie, parce que libre, serait embastillé au son d’une Carmagnole, crucifié, dans des pays où la liberté de la presse est foulée aux pieds ?

Qu’il est imbécile de traiter de « millionnaire » un journaliste, parce que sur le devant de la scène? C’est méconnaître, là encore, les réalités économiques d’une profession où l’argent n’a jamais coulé à flot, sauf dans l’audiovisuel privé des années 80-90. Une profession où l’exercice d’éditorialiste au quotidien sur une antenne, en direct, nécessite des années d’apprentissage. Et que ce dernier mérite de bien gagner sa vie, au nom du poste difficile qu’il occupe et de la responsabilité qui lui incombe sur ce tréteau.

Qu’il est  sot, enfin, d’exiger le montant de son salaire, comme si Jean-Michel Aphatie aurait dû se mettre à nue, sommer de s’exécuter  devant ce personnage prêt à casser du journaliste ou du flic! Redescendons sur terre : un gilet de couleur jaune n’est pas une toge sacrée, il n’autorise pas tout. Et un rond-point n’a rien du Pont d’Arcole. Faut-il rappeler que 56 journalistes ont été tués dans le monde en 2018, avec à la boutonnière une carte de presse que chacun s’honore de porter ici en France?

Si ce mouvement des Gilets jaunes, respectable par bien des aspects, va s’éteindre de manière inéluctable, c’est parce qu’il est miné par une frange d’ovnis décérébrés qui ont trouvé une estrade en toc sur les réseaux sociaux. Et qui lentement et inexorablement le décrédibilisent.

 

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2 Comments
  • Yes-comment
    janvier 12, 2019

    Les murs ont décidément des oreilles pour être à ce point à la une des unes !
    Après le mur des cons, celui de Trump, voici le mur du son.
    Trois occasions pour mesurer que seul le professionnel de la construction sait de quoi il parle. S’improviser pour édifier un mur de cons, ou évoquer le mur du son, n’est pas de bon calcul. Au cas particulier, le bon calcul est d’admettre l’exaspération et la colère légitimes de personnes, qui n’ont pas choisi d’être de fins bretteurs ou des imprécateurs de pacotille : ils portent des gilets de sauvetage, à raison, en sachant que le bateau ivre dirigé par un capitaine d’opérette, ne peut au mieux que s’échouer.
    Ce lieutenant figurant n’a ainsi guère besoin de votre défense, tant il a su rouler sa barque… qui s’appelle celle des copains d’abord.
    Quant à sa rémunération, qu’il ne veut divulguer, elle est bien certainement imméritée et très très excessive, face à la pauvreté exposée… de notre pauvre France.

  • Nick Berger
    janvier 20, 2019

    How foolish to call a « millionaire » a journalist, because on the front of the stage?