La charge salutaire de Laurent Ruquier contre Marlène Schiappa

par 8commentaires No tags 4

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« Nous vivons sous la dictature de Twitter et de Marlène Schiappa. Nous sommes en permanence la proie des lobbys, des associations, de corporatismes catégoriels, du communautarisme… » Ces propos carrés de Laurent Ruquier dans les colonnes du JDD contre la secrétaire d’État chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes sont une première. Et ils font du bien. L’animateur d’On n’est pas couché sur France 2 est ainsi le premier dans ce métier à pointer du doigt  une ministre omniprésente dans les médias et dont les sentences commencent à échauffer, à crisper animateurs, journalistes et patrons de chaînes.

Il ne se passe un mois sans que cette protégée d’Emmanuel Macron ne flingue sur Tweeter tel ou tel journaliste ou animateur. Sa toute dernière offensive  concerne la sortie (certes hasardeuse) du journaliste d’RMC Daniel Riolo et du consultant Jérôme Rothen, au sujet des frasques brésiliennes du footballeur Neymar. Ces propos, du niveau d’une discussion de café du commerce, méritaient-ils un tel mouvement d’indignation collective? Et une telle charge venant d’une ministre particulièrement acerbe.  Si l’on devait s’en tenir à la seule réaction outragée de Marlène Schiappa, ces deux malheureux auraient fini brûlés en place publique…

Mais où va-t-on ? Laurent Ruquier a mille fois raison quand il fustige les gesticulations et l’interventionnisme d’une responsable politique championne de la bien-pensance, aujourd’hui le juge de paix du Paf. Et les médias qui lui déroulent le tapis rouge à longueur de semaines et relaient ses sorties participent indirectement à ce climat de chasse à l’homme qui gangrène ce métier.

« Y en a marre ! » peste à juste titre Laurent Ruquier. Marre en effet des admonestations d’une ministre qui se substitue au CSA, administre des cartons rouges et cloue la terre entière au pilori. Une telle responsable politique n’aurait pas survécu bien longtemps à son poste à l’époque (bénite) où Michel Polac, Guy Bedos ou encore Coluche exerçaient en toute liberté sur les ondes et les plateaux de télés. Les professionnels de l’audiovisuel de l’époque auraient-ils toléré qu’un membre de gouvernement intervienne de la sorte à tout bout de champ, excommuniant les uns,  fustigeant les autres, comme aux plus belles heures du gaullisme, quand Alain Peyrefitte régentait le petit écran ?

Comment aurait réagi Marlène Schiappa, au début des années 80, quand TF1 diffusait avec Cocoricocoboy, à 19h55, -c’est-à-dire à l’heure où l’on dînait en famille-, une séquence qui voyait les « Coco-girls » de Stéphane Collaro  défiler « topless » devant des millions de téléspectateurs. Internet n’existait pas ? La Haute autorité de l’époque organisait le paysage télé avec une grande sérénité et beaucoup de discernement. Il soufflait alors un vent de liberté dans les programmes. Quant aux Français, ils s’amusaient de ces séances d’effeuillages.

Nous sommes 40 ans plus tard et la France a indéniablement changé, comme le regrette Laurent Ruquier. Twitter est apparu qui charrie ses torrents de boue : un déversoir d’insultes et de mises en cause ignominieuses.  Ce réseau social abrite à la marge tout ce que notre société a de plus abject. Laurent Ruquier a mille fois raison : « Y en a marre » de ces pelotons de justiciers qui exécutent le moindre chroniqueur au moindre de ses écarts supposés.

Si Daniel Riolo et son compère n’avaient pas été stipendiés par ces ayatollahs du net jamais Marlène Schiappa ne se serait manifestée. Et jamais les dirigeants d’RMC ne les auraient sans doute mis à pied.

Dans quel monde vit-on ? Dans quel type de société sommes-nous ? On ne peut plus rien dire. 140 signes suffisent à abîmer une carrière, à mettre un animateur au ban et un journaliste à l’amende. Laurent Ruquier m’expliquait, dans le cadre de cette interview réalisée la semaine dernière, que si Christine Angot et Charles Consigny ne seront plus dans son émission à la rentrée prochaine, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas été à la hauteur de ce programme, bien au contraire. Mais tout bonnement parce que l’exercice était devenu impossible.

Là où un Éric Zemmour et un Éric Nolleau pouvaient s’exprimer en toute  liberté il y a 13 ans, c’est-à-dire à la création de l’émission de Laurent Ruquier, en 2006, et quand Twitter n’existait pas, c’est devenu chose impossible aujourd’hui. Condamnés à de l’autocensure Angot et Consigny vivaient chaque fin de semaine dans la crainte de se voir étriller sur les réseaux sociaux sitôt l’émission terminée.

Le plus grave dans cette affaire c’est que les journalistes eux-mêmes ont pris aveuglement le relais de Twitter, sans aucune distance. Ce réseau est devenu leur bible, l’unité de mesure, le canal où le pire et le meilleur  cohabitent. Ruquier, combien de Tweets ? Que 200 péquins déversent leur bile sur l’animateur et la machine à broyer se met en marche. Un mot de Marlène Schiappa et c’est la danse du scalp. Journaux, radios, sites, chaînes d’infos…Tout le monde s’y met. Sans recul ni discernement. C’est le règne des petits procureurs, des échafauds que l’on dresse et des sentences que l’on prononce.

Pas une voix s’est élevée dans la profession pour s’interroger sur la sanction prise à une vitesse « grand V» par la direction des RMC contre ses deux salariés. Au lieu de cela l’ensemble des médias a repris les admonestations d’une Marlène Schiappa sortie de sa boîte comme le coucou de l’horloge.

« Il est grand temps que la profession se ressaisisse », dit Laurent Ruquier. Oui, il est grand temps que les chaînes cessent de céder à la Vox populi et aux imprécations d’une ministre à l’affût du moindre couac pour occuper le devant de la scène, en lieu et place du CSA et de responsables de chaînes sous pression. Grand temps que la liberté d’expression retrouve un sens. Et les médias celui de la mesure.

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8 Comments
  • Abigail
    juin 17, 2019

    Mr Revel. Ce « on ne peut plus rien dire » est caractéristique.
    Vous regrettez une époque où les gens soupiraient, étaient humiliés, choqués devant leur télé mais que vous n’entendiez pas leurs réflexions.
    Aujourd’hui, avec twitter vous les voyez ces réactions de femmes, Noirs, minorités qui se sentent à juste titre insultés et rabaissés par des animateurs ou chroniqueurs graveleux et incultes, quand ils ne sont pas négationnistes, sans qu’aucune contradiction ne leur soit portée.

    Schiappa surfe sur cette vague certes, mais Personne n’est dupe . Si aujourd’hui On ne peut plus nier la réalité de l’esclavage ou rire d’une victime présumée de viol, puis tourner la tête et passer à autre sans prendre en compte le fait qu’on a blessé énormément de téléspectateurs, c’est déjà beaucoup pour beaucoup de monde.

    Le monde a changé et contrairement à ce que vous semblez considérer c’est une bonne nouvelle pour toutes ces minorités dont la sensibilité, les souffrances voire même l’existence étaient jusqu’alors totalement ignorées et méprisées.

    • Mabitt
      juin 25, 2019

      Pauvre conne.
      Va vivre dans la ouate ou épargne nous: suicide toi.

      • Mabitt
        juin 25, 2019

        Et aussi que les minorités aillent se faire enculer.
        Connasse comunautariste.

  • Bok
    juin 17, 2019

    « la sortie (certes hasardeuse) du journaliste d’RMC Daniel Riolo et du consultant Jérôme Rothen, au sujet des frasques brésiliennes du footballeur Neymar. Ces propos, du niveau d’une discussion de café du commerce, méritaient-ils un tel mouvement d’indignation collective? »

    Il ne s’agit pas d’une sortie hasardeuse mais insultante, dégradante et surtout elle n’est pas tenue dans un café mais à la radio.
    Ces personnes qui s’expriment publiquement deviennent des personnages publics. Ils aiment leur image, l’argent de chroniqueur, et parler à la radio et la TV ? Qu’ils apprennent qu’il n’y a pas d’impunité pour des propos violents, déplacés voire même juste cons.
    Il y a plein de gens de talent qui attendent, c’est bien que les places se libèrent.

    • Mabitt
      juin 25, 2019

      Riolo et Rothen ont raison, le tapin de ce con de Neymar s’est vu taper le jackpot. Magedo c est loupé. Du tapin qui crie au viol, c’est vieux comme le monde.

  • redjohn95
    juin 18, 2019

    J’aimerai que Schiappa s’excite sur les fillettes que l’on commence à voiler à l’age de 9 ans ou de la liberté des femmes à pouvoir se balader en mini jupe ou robe sans se faire insulter. Là Nada, rien. Elle est plus prudente sur ce sujet. Maintenant la France est devenu un pays où les minorités via les associations ou les réseaux asociaux ont pris le pouvoir. Je vois mal aujourd’hui un Desproges reprendre « y a t’il un juif dans la salle » sans que la Licra lui fasse un procès pour antisémitisme. Certes il y a des choses qui ont évolué et fort heureusement mais malheureusement on ne peut plus rien dire sans avoir une asso aux fesses, les grossophobes, islamophobies etc etc etc….

  • redjohn95
    juin 19, 2019

    Parait que Schiappa s’est défoulée sur Ruquier le lendemain de la publication de l’interview sur le JDD. La dame n’aurait pas apprécié et aurait invectivé l’animateur. drole d’époque

  • Mabitt
    juin 25, 2019

    Schiappa dit qu’elle vit “en Sarthe”. Connasse snob tu vis pas en Sarthe mais dans la Sarthe, un trou à rat. Tu vis pas en Provence.