Y a t-il une chaîne ou un news magazine de trop?

 

 

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Le thème du sur-encombrement des marchés de la télévision et de la presse écrite revient périodiquement. Un sujet récurent qui ces temps-ci a repris un peu de vigueur, avec les interrogations sur l’existence de France 4, d’une part, une chaîne dont des parlementaires doutent de l’utilité, comme de la viabilité, et la question posée, d’autre part, sur l’état du marché des news magazines en France: ce fameux «news magazine de trop» dont on nous rebat les oreilles et que l’hebdomadaire Stratégies vient de ressortir du chapeau.

J’ai toujours pensé que ces questions relevaient profondément d’un faux débat. Peu importe en effet qu’il y ait une dizaine de chaînes musicales sur le satellite et quelques centaines de stations de radio également musicales sur le Net, pour peu qu’elles s’adressent à des publics différenciés et qu’elles trouvent à la fois des niches d’auditeurs et par là même, leurs équilibres économiques. Les problèmes que rencontre aujourd’hui une station comme NRJ tiennent bien moins au fait que le paysage des musicales serait encombré, qu’au modèle de cette station qui n’a pas su s’adapter à son marché.

Même chose pour France 4: si cette chaîne connaît aujourd’hui des difficultés et suscitent des interrogations, ce n’est pas en raison d’un hypothétique sur-encombrement du marché de la télévision, en France, mais parce que cette chaîne, créée à son origine pour être un canal des connaissances, a dérivé au fil des ans pour s’échouer sur un modèle de pseudo chaîne généraliste, petite cousine de France 5, auquel le consommateur n’adhère du coup que modérément.

Un média = une marque. Le problème n’est pas de savoir s’il y a une chaîne de trop, mais si l’offre est bonne. Closer est un clone de Voici: et alors? Personne n’a cru que le challenger, Closer, trouverait un public, et ce fut un carton dès son lancement. Vieille recette marketing, l’offre a créé la demande et ces deux titres se tirent aujourd’hui une « bourre » salutaire pour tout le monde: leurs propriétaires, comme les lecteurs.

 

express.jpgAinsi des « news magazine ». En soulevant la question du «news de trop», Stratégies se trompe totalement de sujet. Crise oblige, ces hebdomadaires rencontrent tous les trois des difficultés financières conjoncturelles, car principalement liées à la crise du marché publicitaire qui ne saurait durer, souhaitons le.

Chacun de ces «news » disposent, par ailleurs, de fondamentaux solides: d’importants portefeuilles d’abonnés pour l’Obs et l’Express et un socle de lecteurs-kiosque solide pour le troisième. Des atouts auxquels il faut ajouter un levier de croissance, qui finira par payer: à savoir, des sites Internet consultés, chaque mois, par plusieurs millions de lecteurs, des sites dont la puissance de feu devient très importante.

Ainsi, les modèles économiques de la presse écrite sont-ils en train de profondément changer. Si le Figaro rencontre quelques difficultés en  kiosque, on  notera que le site Internet de ce quotidien est en train de devenir le plus puissant du marché. En raison, notamment, de la puissance de sa marque qui légitime l’information qu’il divulgue. .

 

L’autre argument qui m’incite à me convaincre que ces trois organes de presse, auxquels il faut ajouter Marianne, ont tout lieu de penser qu’ils résisteront, ensemble, à la crise et aux mouvements de consolidations qui vont toucher le marché des médias, c’est leurs spécificités liées à leurs histoires propres: ADN. Idéologie, type de lectorat, trajectoire, culture, sensibilité…Pour toutes ces raisons, L’Express ne sera jamais Le Point et Le Point, jamais l’Obs et inversement. Car un journal est une marque à laquelle les lecteurs s’identifient En 1978, Robert Hersant, alors propriétaire du Figaro, avait racheté L’Aurore, quotidien ancré à droite dont j’étais. L’homme de presse, qui pensait pouvoir empiler les lecteurs comme des yahourts, avait fusionné très vite les deux titres, réunis  artificiellement sous une même "jaquette": « Le Figaro-L’Aurore». Résultat, en 6 mois, la quasi totalité des 400 000 lecteurs du second s’évaporèrent! Et on n’a jamais su si ces derniers, attachés de longue date à un quotidien à l’identité très marquée, (conservatrice et proche de l’Algérie Française), ont racheté un jour un quotidien. Petite parenthèse: j’avais 23 ans et faisais mes premières armes dans le métier, en tenant alors dans ce journal de vieux, ultra conservateur, une chronique, (insolite autant qu’exotique), de… jazz et de rock!

 

Et puis il en va pour finir du très impératif combat pour le pluralisme, quel gros mot!. Plus il y aura de quotidiens, plus il y aura de news et de sites d’info, mieux notre démocratie s’en portera. Décréter la disparition d’un journal ou d’une chaîne de télévision, au nom d’un raisonnement arithmétique fumeux est dangereux. C’est dans le foisonnement que le citoyen se fait un avis. C’est parce que la presse française est à l’image de ses kiosques, un formidable bazar de titres aux couvertures bigarrées, que ce pays vit, débat, s’affronte et s’enthousiasme. J’ai collaboré à Stratégies en 1980. A l’époque, déjà, ce bon hebdomadaire avait pour principal concurrent, CB News. 29 ans plus tard, ces deux journaux, aux concepts identiques, mais à l’histoire, aux lectorats, comme aux modes de traitement différents, se regardent toujours en chien de faïence. Combien de fois ai-je entendu que la logique voudrait que l’un d’eux s’efface ou étouffe l’autre? La question est toujours là. Leurs dirigeants, comme leurs journalistes, accepteraient t-il que l’un digère l’autre? Ou qu’on les fusionne, au nom d’intérêts économiques bien compris? Je ne le pense pas. Et chaque semaine que Dieu fait, je lis les deux.

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2 Comments
  • fabien
    novembre 7, 2009

    Je pense que vous faites une incroyable confusion de la part d’un « spécialiste » des médias, France 4 n’a jamais été présentée comme éducative (C’est la mission de France 5 !) France 4 qui a succédé à « Festival » chaîne de rediffusion du service public est plutôt destinée à remplir encore en partie ce rôle et à s’adresser à public jeune (attention pas de programmes jeunesses, c’est au 15-35 ans auxquels je pense).
    France 4 peut tout à fait trouver sa place d’autant plus que sa ligne éditoriale est bien plus lisible et différentiée que celle de nombreuse chaîne de la TNT.

  • fabien
    novembre 7, 2009

    nombreuseS chaîneS bien sûr !