France Télévisions répond à Claude Guéant.

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Inutiles et maladroites : Les déclarations, du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, estimant dimanche, sur Europe 1, à propos de l’enlèvement en Afghanistan des journalistes de France 3, que le "scoop ne devait pas être recherché à tout prix", ne sont pas passées à France Télévisions, où le ton monte.

Confirmant que l’enlèvement des journalistes avait suscité la colère de Nicolas Sarkozy, qui a récemment dénoncé à leur propos une "imprudence vraiment coupable", le même Guéant s’est appesanti sur l’inconscience qui conduit ces journalistes à prendre tous les risques. Ces dernières déclarations sont d’autant plus surprenantes qu’elles ne peuvent que compliquer la tache de ceux qui oeuvrent dans l’ombre pour la libération des journalistes en question. Lesquels, s’ils étaient en mesure d’écouter Europe 1, du fond de leurs geôles afghanes, se sentiraient aujourd’hui bien seuls.

Je l’ai déjà écrit et n’épiloguerai donc pas sur cette question qui n’en est pas une: la quête de l’information, base du métier de journaliste, ne se mesure pas sur je ne sais quelle échelle de Richter. Haïti? Deux étoiles, Kosovo? Trois étoiles? Rwanda?…L’on ne choisit pas son lieu de reportage comme une vulgaire villégiature, en fonction de sa dangerosité ou de son contexte géopolitique: on y va parce que le métier le commande. Et le rôle d’une démocratie est de soutenir celles et ceux qui participent, au nom de la profession qu’ils incarnent, à la recherche de la vérité. Tout le reste, à savoir les différents propos émanant de responsables politiques, n’est qu’élucubrations.

 

Silencieux jusqu’ici, les dirigeants de France Télévisions se sont exprimés  sur la question en fin de matinée, à travers ce seul communiqué :        

« Alors que vingt jours viennent de s’écouler depuis l’enlèvement en Afghanistan de nos deux confrères de la rédaction nationale de France 3 et de leurs accompagnateurs, la direction de France Télévisions est pleinement consciente de l’inquiétude et de l’émotion qui règnent dans les rédactions du groupe et, au-delà, chez tous les salariés. La direction de France Télévisions a, jusque là, privilégié la discrétion publique pour laisser les opérations militaires et diplomatiques en cours sur le terrain se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Sa seule priorité reste en effet de voir les deux journalistes revenir le plus vite possible au sein de leurs familles et de leur rédaction. Toute autre considération ne serait pas recevable.
 
Paul Nahon, directeur général adjoint en charge des magazines de l’information, présent en Afghanistan depuis le 3 janvier, vient de rentrer de Kaboul. Le rédacteur en chef de Pièces à Conviction, le magazine pour lequel nos confrères enquêtaient, lui a aussitôt succédé de façon à ce qu’un représentant de France Télévisions et de notre profession soit en mesure de manifester un soutien permanent à nos deux confrères tout en gardant le contact avec tous ceux qui travaillent, sur place, à cette libération.
 
La direction de France Télévisions reste bien sûr en lien permanent avec les autorités civiles et militaires chargées de coordonner ces opérations
».

«Toute autre considération ne serait pas recevable»…Diplomates, les dirigeants de France Télévisions ne citent pas Claude Guéant, qui est pourtant directement visé à travers ces quelques lignes. A bon entendeur…  
 

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6 Comments
  • GRD
    janvier 19, 2010

    Pour notre immense Président et son grand vizir, pour bénéficier des deniers de la France, il faut être une colombienne qui a complètement ignorée les consignes de son gouvernement, qui a coûté une somme astronomique aux contribuables français, et qui une fois libérées continue de bénéficier de larges redevances du gouvernement français (sachez que le France paye ses deux gardes du corps, certainement pour pouvoir écrire son livre pour lequel elle a touchée 1 million d’euros dit-on?). Si nos deux éminences sont si près de leur sous ils doivent immédiatement arrêter ce gaspillage.
    Ensuite, la France serait-elle le seul pays où ses soldats combattent à ne pas envoyer de journalistes.

  • chtitpepere
    janvier 19, 2010

    petit dessin sur guéant et ses déclarations :

    http://remonteesacides.zic.fr/s-p-a-a948216

  • Bunel Jean-Dominique
    janvier 20, 2010

    Je voudrais, sur cette question importante, séparer le fond de la forme, dans l’intervention de Claude Guéant. J’ai une certaine expérience de l’humanitaire dans des situations de grand danger (voir mon nom sur Google).
    Sur la forme, l’intervention de Monsieur Guéant vient en effet à contretemps et peut nuire aux journalistes enlevés. Il aurait naturellement du attendre leur libération, et leur passer un bon savon, comme cela se passe souvent entre gouvernements et otages libérés. J’ai été témoin de ces remontrances, très largement méritées, lorsque les « deux italiennes », qui étaient mes employées, furent libérées par leurs ravisseurs irakiens en 2004.
    Le problème se pose en effet pour plusieurs corps de métier: jusqu’où ne pas aller très loin? quels risques doit-on éviter? Pour répondre à ces questions, il faudrait naturellement faire du cas par cas. Mais on peut, sans choquer les médias, avancer qu’il est plus compréhensible qu’un humanitaire prenne des risques qu’un journaliste. Ne cherche-t-il pas à sauver des vies, à rétablir un état de droit? Dans certaines limites naturellement, certains risques valent la peine d’être pris, et d’ailleurs jusqu’à un certain point.
    S’agissant des journalistes, est souvent invoqué le « droit à l’information », droit non écrit, inscrit dans aucun texte. La question qui se pose alors est la suivante: le journaliste doit-il prendre des risques tels qu’il met en danger des tiers et des personnes qui seront éventuellement chargées de le récupérer s’il était enlevé? La réponse est évidemment non. Et cela semble être le cas dans l’affaire qui nous préoccupe. Les Français pouvaient-ils se passer d’un reportage sur cette région de l’Afghanistan à cette époque? Bien entendu. Les Français ont-ils un quelconque droit de savoir en l’espèce? Bien sûr que non.

    Humanitaires, journalistes ou simples citoyens, lorsqu’ils prennent des risques importants, tout en sachant qu’ils peuvent déclencher d’autres risques au moins aussi importants, doivent s’abstenir.

    La liberté d’informer ne se situe pas à ce niveau, n’exagérons pas. L’invoquer est une réaction corporatiste dénuée de tout sens civique.

    • Guès Pierre
      mai 16, 2011

      Bonjour, je suis entièrement d’accords avec votre analyse. Il est difficile de ne pas être importuné par tout ce tapage médiatique autour de l’enlvement de ces deux ahuris partis chez les talibans malgrès les risques encourus. Personnellement, je me sent agréssé par cette répétition de spots télés qui en fait semblent m’incriminer. Hé quoi je ne les ai pas envoyé moi!Voilà je tennais à le dire je trouve cela dérrangeant.Enfin je cite les props du Général Roudellac
      Merci de votre attention.
      Citoyen lambda.

  • Adeline Chenon Ramlat
    janvier 21, 2010

    @JD Bunel
    Le débat que vous évoquez est un vrai souci pour moi aussi ((vois mon nom sur Google…puisque c’est votre façon de le dire!).
    Nous seulement ça, mais tous le problèmes de l’adaptation au terrain. quand j’ecris pour X, je lis X avant, on est bien d’accord…alors quand je pars à X, ne devrais-je pas les connaître un peu mieux parfois?
    C’est l’ensemble du système qui montre ici un faille , béante et terrible pour nos deux collègues.
    Je serais heureuse d’en parler avec vous.

  • Bunel Jean-Dominique
    janvier 21, 2010

    Avec plaisir: jdbunel@yahoo.fr