En finir avec les soirées électorales…

par 5commentaires No tags 0

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Indiscutablement, il s’est passé quelque chose ce dimanche. Comme une atmosphère de fin d’époque sur les plateaux de télé où les traditionnelles soirées électorales avec leurs airs de déjà vu, mille et une fois, sentaient la naphtaline. On a pu en effet mesurer combien ces grandes messes avaient pris un coup de vieux monumental, des soirées balayées par Internet et les sites communautaires (Facebook et Twitter), qui ont fait une joyeuse OPA sur ce scrutin tout au long de la soirée et bien en amont de celle-ci.
Il était ainsi assez estomaquant de voir TF1 et France 2 nous ressortir des dispositifs d’émissions aussi vieux que la cathode, quand bien avant 20 heures les réseaux sociaux arrosaient copieusement la toile de premiers résultats et d’un flot de commentaires: un déluge. Tout était dit avant l’heure fatidique et le compte à rebours des chaînes avait presque un côté absurde, tandis que le défilé convenu et prévisible des politiques sacrifiant au rite du «commentaire à chaud » avait, quant à lui, quelque chose de décati. Comme de coutume, TF1 a démarré avec les ténors et France 2, avec les seconds couteaux, avant que chacun ne s‘échange du Copé contre du Xavier Bertrand, du Hollande contre du Aubry…Comme d’habitude, on a vu le Premier ministre, François Fillon, et la secrétaire du PS, Martine Aubry, caler leurs interventions sur les créneaux que leur offraient ces deux chaînes. Et comme d’habitude, on s’est évadé vers d’autres horizons télévisuels au premier tunnel venu: c’est l’avantage du câble et du satellite.   

On le voit bien, dans sa forme actuelle l’exercice de la soirée électorale est en passe de s’étioler. Et il y a fort à parier que sauf toilettage sérieux et réflexion en profondeur, ces rendez-vous finissent par se sanctuariser, ne rassemblant, pour finir, qu’une poignée d’aficionados, qu’un petit cercle d’addicts de la politique, versus réunion de cellules de quartier. Il y a donc urgence à réformer ces dispositifs rabougris. Car si les Français se sont largement abstenus lors de ce scrutin, que dire des téléspectateurs qui ont massivement déserté ces soirées électorales, les audiences le disent! Ce bide absolu tient tout autant à la fatigue d’un pays en désamour, en rupture, avec sa classe politique, qu’à l’indigence de soirées non moins répulsives.

Il serait d’ailleurs intéressant de faire une analyse sociologique succinte de ces différentes soirées pour s’apercevoir que les moins de 35 ans tenaient dans un isoloir et que le gros des téléspectateurs présents devant leurs petits écrans étaient en age d’avoir connu Pompidou et Marchais: la fracture générationnelle est patente. Si les politiques se plaignent de la lente et profonde désaffection des jeunes, c’est parce que l’image qu’ils renvoient, notamment à travers ces traditionnels rendez-vous de soirs d’élection, ne sont plus raccords avec une bonne partie d’un électorat qui a décroché depuis longtemps. Je parle là d’une génération technophile qui se forge désormais son opinion en allant jardiner sur la Toile, c’est à dire en lisière des médias traditionnels dont elle se défie. Moderniser le discours, chambouler l’ordonnancement de ces émissions, réformer les règles qui encadrent la publication  de sondages qu’Internet diffuse à sa guise, intégrer les nouveaux modes de communication, jouer de l’interactivité avec l’opinion…C’est toute l’ergonomie de la politique à la télévision qu’il convient de revoir.  
 

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5 Comments
  • Jean Meyran
    mars 23, 2010

    Deux critères (selon moi) à cette désaffection :

    1 Les résultats dès 18h sur internet (bonjour le suspence…)

    2 Les éléments de langage : à la phrase près, les roquets de l’UMP nous serinent les mêmes bobards quand les autres font à peu près de même. En une demie heure, l’ensemble des pseudos arguments de suns et des autres est bouclé.

    Pour finir, faire des élections le jour où l’OM joue, c’est pas très malin 😉
    Bonjour chez vous
    @jmeyran

  • CP
    mars 23, 2010

    Comme si la France entière vivait collée à un smartphone en permanence… Comme si tout le monde passait sa vie sur internet. Assez saisissant l’aveuglement d’une corporation minuscule s’imaginant à son image le pays entier !

    Ceux qui s’intéressent encore à la politique sont généralement agés, et n’ont pas le net, alors que les « jeunes » l’ont, mais se foutent complètement de la politique…

    La saturation du net par les technophiles amateurs de politique ne doit pas faire illusion.

  • Martino
    mars 23, 2010

    Chacun aura noté que sur TF1, le direct de Ségolène Royal a été purement simplement « oublié ».

    Contrairement à ce que beaucoup de journaleux parisiannistes aiment à le souligner, ce n’est pas la victoire de Martine Aubry mais bien celle des « barons » de province.

    De plus, en dépit de ce que certains écrivent, Ségolène Royal est tout sauf battue d’avance si des primaires nationales avaient lieu (au PS ou au futur groupement (gauche+écolo+centre).

    Mais comme ils ont déjà choisi LEUR candidats (Strauss Khan, Aubry voire pire, Hollande !), ces journaleux pensent qu’ils font l’opinion du pays…
    Ils se trompent lourdement.

    À suivre, donc…

  • Jean Meyran
    mars 23, 2010

    @CP

    Jolie liste de présupposés :
    On peut être connecté au net sans avoir un smartphone.
    Le pourcentage de foyers français connectés à internet vous surprendrait

    Idem pour le propos : les vieux s’intéressent à la politique et pas au net, les jeunes c’est l’inverse (bonjour le cliché)

    En attendant vos propres hypothèses sur le sujet du billet de Renaud (forcément passionnantes et pertinentes, j’en suis sûr)

    PS : à votre avis, j’ai quel âge ? 😉
    Bonjour chez vous
    @jmeyran

  • Starlight
    mars 23, 2010

    Le seul changement à apporter réellement à ces soirées concerne les estimations des votes « pas avant 20h » alors qu’on les connait depuis bien avant grâce à Internet. Mais à part ça, je ne vois pas pourquoi il faudrait tout chambouler. Il y aura toujours des analyses et des débats politiques (intéressants ou pas ce n’est pas le sujet) qu’on ne trouvera jamais sur le Net qui n’est pas crédible en matière d’information. Quant à l’audience, elle sera toujours là (15 millions sur les trois chaînes dimanche soir, ce n’est pas rien…). Je suis persuadé aussi qu’une bonne proportion (même des jeunes) était à la fois sur Internet ET devant la télé. Les supports s’ajoutent mais ne se supplantent pas.