Clichy-sous-Bois? The place to be.

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Clichy-sous-Bois cinq ans après, quelle aubaine ! Libération, La Croix, l’Humanité, France 3, France 2…cinq années après les évènements qui ont secoué cette municipalité des Hauts-de-Seine, les médias ont donc repris le chemin de la Banlieue, comme si cet anniversaire -ainsi institué et décrété par ces mêmes médias- était l’occasion de nouvelles «immersions » – expression épouvantable, mais désormais consacrée par des chaînes montées sur chenilles- dans ces zones urbaines reculées qu’arpentent des journalistes en quête de superlatifs, de clichés et de sensations fortes. Laissée de coté depuis les derniers incidents qui l’avaient endeuillée, cette ville est redevenue ainsi, l’espace de reportages commémoratifs, «The Place to be », l’endroit où il faut être.

 

Cette transhumance journalistique est d’autant plus navrante qu’elle ne peut qu’alimenter les critiques et exacerber les réactions des habitants d’une ville oubliée des médias depuis le 27 octobre 2005, date de ces incidents, mais une ville que l’on redécouvre subitement à l’occasion de cette série de bilans quinquennaux. Comme si cette enclave plantée à quelques encablures du périphérique parisien était une cité engloutie, évacuée des agendas et de l’actualité depuis ce fameux et triste automne 2005, avant qu’elle redevienne un beau matin un sujet d’enquêtes pour une légion d’entomologistes des médias en quête d’adrénaline, qui ont repris le chemin des cités de l’Est parisien, cinq  ans plus tard…

 

Il est ainsi de la banlieue comme des sujets marronniers, auxquels l’Express, à l’instar du Point ou de l’Obs, ne dérogent pas : l’immobilier, le salaire des cadres ou le palmarès des hôpitaux… Il n’est pas surprenant du coup que regardés comme des souris de laboratoire, les clichysois aient la dent dure à l’égard d’une corporation qui s’en va faire à périodes régulières du tracking journalistique entres les barres d’immeuble d’une municipalité devenue ville-étape pour les amateurs de reportages à sensation. Si le procès fait aux médias par certaines de ces banlieues du « 9-3 », lassées de n’être regardées que comme des concentrés d’exclusion et de délinquance, est souvent réducteur et excessif, ces initiatives ne peuvent qu’accroître la défiance et creuser un peu plus le fossé qui les sépare de journalistes priés le plus souvent de passer leur chemin.

Il  y aurait sans doute quelque chose d’autre à inventer pour rendre compte des réalités d’une ville comme Clichy-sous-Bois, qu’il conviendrait en tous les cas d’éviter à l‘heure où justement ses habitants n’ont sans doute pas l’esprit à revenir sur un drame qui a permis aux télévisions de faire de cette municipalité pendant plusieurs jours un champ de manœuvre, un lieu d’exotisme et un Far-West tout trouvé, le tout aux portes de Paris.

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12 Comments
  • Desdémone
    octobre 28, 2010

    Immersion en effet comme on s’immerge pour apprendre
    une langue étrangère …Le mot convient parfaitement car dans ces secteurs à risques qui plus est ;nous ne sommes déjà plus en France .Arrêtons de prendre ces
    deux « jeunes  » pour des héros …Ils sont morts ,non
    à cause de leur courage ,mais à cause de leur bêtise.

  • Fabrice
    octobre 28, 2010

    Cette municipalité des Hauts-de-Seine?

  • Fabrice
    octobre 28, 2010

    Peut-être que vous auriez du faire comme les autres finalement? Et y aller vous aussi?

  • Moustapha
    octobre 28, 2010

    Clichy sous bois, c’est une ville de Seine Saint Denis !
    Pardi google existe non ?

  • medy
    octobre 29, 2010

    Merci pour cet article! mais je rejoint le copain Fabrice l’enfant de Clichy que je suis connais son territoire et je confirme Clichy sous bois est bel et bien dans le 93 donc en seine saint denis. Mais l’article est bien dans l’ensemble!

  • Linda Cortey
    octobre 29, 2010

    Oui, Clichy sous Bois était bien The place to Be pour les médias pour les cinq ans de la mort de deux habitants qui a entrainé de graves émeutes. Surtout pour la presse écrite, qui est un média payant. Le sujet intéresse les lecteurs (en tout cas, autour de moi, les reportages télé ont été un sujet de discussion à la machine à café), donc il faut leur en parler, c’est comme ça qu’ils achèteront le journal ou l’hebdomadaire.
    Par contre, c’est le genre de sujet qu’on ne lance pas juste une semaine avant la parution. Il faut mûrir le sujet et apporter au lecteur le recul qu’il n’a pas et qu’une rédaction a pu acquérir en cinq ans. C’est ça qu’en tant que lectrice j’attends d’un bon média et qui en tant que journaliste me donne envie de continuer mon métier. On peut faire un bon coup avec un événement comme celui-là, simplement en n’étant pas moutonnier dans son traitement.

  • grosreporter
    octobre 29, 2010

    Le plus déplaisant dans cette manière de faire, c’est justement le côté  » the place to be ». Et ce n’est pas d’actualité pour ce seul dossier des 5 ans des évênements de Clichy sous Bois. Durant les négos sur les retraites, et les manif’s qu’elles entraînaient, France 2 nous imposait, tous les soirs dans le 20h, un plateau du spécialiste politique de service, en direct au coin de l’Elysée, dans la pâle lueur des réverbères jaunasses de la rue du Fg St Honoré. Pour nous donner des infos ? Que nenni, jamais ! Aucune info. Du tirage de plan sur la comète d’un rubricard sans rien auquel se raccrocher. Cela me rappelle mon seul passage à l’Elysée, voici pas mal d’années, pour aller y porter le micro de la radio périphérique au sein de laquelle j’officiais comme reporter. LA consoeur accréditée au « château » était là pour les commentaires, moi en renfort pour tenter de recueillir du son. Et j’eu l’indicible bonheur d’entendre la jeune femme discuter avec une de ses copines de télé. Laquelle faisait remarquer à l’autre qu’elle se demandait bien ce qu’elle faisait là, sachant que, journalistiquement, il n’y aurait rien à en tirer ? En tout cas l’autre de lui répondre :  » aucune importance. L’important c’est d’être là où nos auditeurs ( lecteurs, téléspectateurs ) pensent qu’il se passe quelque chose. Ce soir c’est à l’Elysée, il faut donc y être et s’y montrer ». Quelle belle leçon de journalisme, j’en suis encore tout chose. Quoiqu’il en soit, n’en doutez pas, les deux copines sont devenues deux « vedettes » du journalisme politique… The place to be…

  • Yougli
    octobre 31, 2010

    Cela fait déjà trois jours que les internautes vous ont signalé que ce Clichy-là était en Seine-Saint-Denis et non dans les Hauts-de-Seine (là, c’est Clichy-la-Garenne), il serait temps de rectifier, non ? Et puis … les « clichysois » ?? Les lecteurs ne devraient pas avoir à vous le dire tant on en a entendu parler.
    Je vous en supplie, les Français ont déjà suffisamment peu confiance en les journalistes, autant ne pas en rajouter.

  • Armand
    novembre 5, 2010

    Vous avez oublié l’inénarrable Maître Mignard dans votre compilation.

  • Tony Horimoto
    janvier 18, 2011

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  • autorijlessen
    février 1, 2011

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  • dieta
    février 9, 2011

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