Le départ de Jacques Julliard pour Marianne secoue l'Obs

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Je m’en vais.

Ce n’est pas parce qu’il est volontaire que ce départ est moins difficile. Quarante ans ! Quand je mesure le chemin parcouru, les amitiés contractées, les événements partagés, je me demande encore où j’ai trouvé le courage de m’arracher à un journal que je continuerai d’aimer.

Mais il arrive que le destin individuel diverge des voies que l’on a si longtemps suivies. Deux sentiments ont inspiré ma décision. D’abord, le besoin de rompre avec mon confort intellectuel et de me remettre en cause. Ensuite, le sentiment qu’à la place que j’occupe, à l’âge que j’ai, je n’ai plus guère de chances de peser sur l’avenir de ce journal : ni sur ses orientations, ni sur sa formule, où je m’inquiète de voir trop souvent le côté magazine l’emporter sur notre vocation originelle et notre « cœur de métier ».

A mes yeux, le sentiment commun qui nous a toujours réunis au Nouvel Obs, au-delà de son engagement pour la justice, c’est celui de la primauté sur toutes les autres des valeurs intellectuelles et morales.

Je veux, en partant, vous saluer tous : mes amis, mes compagnons de travail et tous ceux que je connais moins, parce que mes fonctions ne m’ont pas mis à leur contact. Merci de ce que vous m’avez apporté et que je ne puis oublier.

A chacun de vous, je souhaite d’être heureux en faisant ce qu’il a à faire.

Bonne chance à vous et au Nouvel Observateur. »

 

Cette lettre adressée la semaine dernière par Jacques Julliard à la rédaction du Nouvel Observateur n’a pas pansé les plaies, bien au contraire. Historien et chroniqueur et figure historique de la «deuxième gauche», Jacques Julliard, qui rejoint l’hebdomadaire Marianne, a jeté le Nouvel Observateur dans un profond malaise.  «J’aurais pu rester à l’Obs, même si l’aspect de plus en plus magazine m’inquiète, confie Julliard. Je pars parce que l’offre de Marianne est un défi stimulant pour moi», confiait en fin de semaine dernière à Libération celui qui a vu ces derniers jours défiler dans son bureau des journalistes en larmes.

Car si Claude Perdriel et Jean Daniel, les deux figures tutélaires du journal, ont accepté, à regrets certes, le départ de ce compagnon de route, qu’ils n’ont été en mesure de retenir, la rédaction, quant à elle, y a vu un douloureux tournant dans l’histoire de ce titre.     

Rupture en douceur?  La décision de Julliard témoigne en effet des rectifications de frontière. Non seulement au sein de la gauche française, mais à l’Obs même où Jacques Julliard ne semblait plus à son aise. Syndicaliste (CFTC puis CFDT) et membre de la revue Esprit, cet esprit libre fut l’un des théoriciens de la deuxième gauche, d’origine chrétienne, qui après 68 a essaimé au PS et dans la presse de gauche. Et son transfuge à Marianne, sur l’initiative de son directeur, Maurice Szafran, est tout autant une jolie prise de guerre de la part de Marianne, que la traduction d’un profond changement d’époque et de cap au sein de l’hebdomadaire de Claude Perdriel, où depuis quelques jours la tension reste très vive.

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7 Comments
  • unouveaucompte
    novembre 23, 2010

    je suis abonné à l’obs
    je parcourais en lecture transversale la page de julliard
    à presque 80 ans (77)il s’inquiétait de son avenir au sein du journal…
    sûr que plein de gens de bonne volonté de gauche sociale vont le suivre à Marianne….et s’abonner en force…

  • chris
    novembre 23, 2010

    Julliard ou pas, tout l’obs se lit en transversale. Ce journal n’est plus qu’un support sans consistance pour la publicité. Marianne a moins de pub mais est aussi peu consistant.

  • chatperché
    novembre 23, 2010

    La belle affaire ! Qu’il aille où bon lui semble, cela n’a aucune espèce d’importance. Il ressasse les mêmes vieilles lunes depuis des lustres. Marianne ne mérite de toute façon pas mieux.

  • Bertyrock
    novembre 24, 2010

    Crise ou pas crise, boboïsation ou pas, L’Obs reste plus intéressant et mieux écrit que les 3/4 des hebdos. Franchement, qu’est devenu L’Express ? Quand on pense à ce qu’était ce titre il y a encore 25 ans, ça fait frémir. Globalement, les news sont en crises. Au début des années 80, l’excitation des visteurs de kiosque était à son comble le vendredi puis le jeudi – grâce au salutaire réveil sonné par L’Évènement du Jeudi. Les pages Culture, notamment, rivalisaient de plumes brillantes. Aujourd’hui, quelle tristesse… Alors certes, la vie politique est plus morne, moins dichotomique, les enjeux sont moins tranchés et les artistes moins marquants, certes l’information est désormais partout. Mais le coeur se serre en contemplant se triste paysage où l’on continue à mouliner du Salaire du Cadre, du dossier immobilier, du Pouvoir des francs maçons pour masquer l’absence d’inspiration.

  • bourget
    novembre 28, 2010

    lectrice du nouvelobservateur depuis 1965!! c’est avec tristesse que j’apprends le départ de J.julliard qui restait avec la chronique de F.Reynard mes deux moments de bonheur litteraire de l’hebdomadaire depuis que les grands anciens (CLAVEL, BORIE) ne sont plus.La pipolisation et le coté bobo ont pris une place lamentable dans un hebdo qui n’a, je le crains, pas d’autres choses a nous proposer. Je ne parle pas de l’article de Jean Daniel paru cetts semaine ou a travers les mots ,le fiel transparait ainsi que son habituel EGO Surdimensionné..
    Le teleobs reste pour moi la meilleure information de ,mon viel hebdo.

  • hersigny
    décembre 2, 2010

    bonjour m revel et un grand merci pour vos articles
    que je lis toujours avec un grand intérêt et plaisir

    je vous écoute également sur europe 1 dans l’ émission de morandini

    êtes-vous de la famille de j f revel ?

  • Lulute
    décembre 23, 2010

    Je croyais qu’il partait pour la maison de retraite ce vieux radoteur.

    Je viens de lire Mariane. 43 % des Français pensent comme Marine Le Pen sur l’Occupation de la voie publique. Pas de problème : 43 % de Français qui ont tout faux.

    En revanche, pas de commentaires de sa part sur le trafic d’organes de ses potes de l’UCK, trafic que vient de confirmer le Conseil de l’Europe. Quand je pense à ses propos outranciers dans les années 90… C’est ça Julliard, noie le poisson, ça vaut mieux et parle nous de Marine… On n’est pas assez grands pour savoir quoi penser d’elle et des prières de rue.