Libé et les pédophiles: la chronique de Philippe Gavi

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La Une de « Libé » du 24 novembre a frappé fort. Le titre: « Sarkozy aux journalistes « Amis pédophiles, à demain ». Et l’accroche : « Libération publie l’intégralité de l’intervention musclée et confidentielle du chef de l’Etat face aux journalistes, vendredi, à Lisbonne. » L’affaire doit être grave, pour occuper la Une et les trois pages « événement ».

Appâté, j’ouvre le journal. Et là, je m’étonne. L’édito de Laurent Joffrin, l’article du trio Cori/Garrigos/Roberts, et le verbatim se contredisent allégrement. Déjà, le terme « intervention » est inadéquat. Il s’agit, lis-je, d’une « rencontre informelle » avec les journalistes, en marge du sommet de l’OTAN. Elle n’est pas « confidentielle », elle est « off ». Interrogé sur l’affaire de Karachi, Nicolas Sarkozy reproche à ses interlocuteurs des approximations, des erreurs, les « il semblerait » qui accusent sans preuve, les sources anonymes. Il a  pu lire qu’il était le directeur de la campagne de Balladur ou son trésorier. Faux, il était le porte parole. « C’est pas difficile de vérifier », lance t-il, narquois.

Le voilà en position de force pour faire diversion et se présenter en victime d’un harcèlement médiatique. Eric Woerth ou Nicolas Sarkozy, avez-vous remarqué que tous les politiques impliqués dans des affaires douteuses se donnent la même ligne de défense : ils attaquent, sur le thème de la charge de la preuve, à se demander si n’opèrent pas en coulisses des coachs de communication de crise.

Le chef  d’Etat fait la démonstration par l’absurde. « Et vous _ j’ai rien du tout contre vous _, «  il semblerait que vous soyez pédophile ». Qui me l’a dit ? « J’en ai l’intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier ».Et ça devient : « Non, je ne suis pas pédophile ».

En quittant la salle, il lance : «  Enfin ! Ecoutez, ça m’a fait plaisir de vous voir…Amis pédophiles, à demain ! » (rires collectifs)

L’édito de Laurent Joffrin est clair: « On comprend bien que le salut est au second degré, de même que le parallèle qu’il établit entre son propre sort et celui de journalistes qu’on soupçonnerait de pratiquer la pédophilie n’est pas une accusation, mais une sorte de métaphore, fort étrange au demeurant ».

Joffrin comprend que le Président puisse ressentir une forte irritation mais « cette comparaison, outre qu’elle sied mal au « nouveau Sarkozy » dont il souhaite qu’on parle désormais, est de toute évidence douteuse »

Moi, la comparaison ne me semble ni étrange ni douteuse. Sarkozy aurait pu parler de corruption mais l’analogie de situation aurait pu prêter à confusion. Mieux vaut aller au non crédible, au pire, à l’infâme, le soupçon de pédophilie

Cori/ Garrigos/ Roberts, dans le style gouailleur cher au quotidien,  renvoient au  « casse toi, pov’con »,  au « toi, t’as qu’à descendre ». Ils écrivent ceci : « le président de la République part illico en cacahuète et perd ses nerfs ». Le chapeau du verbatim dit cela : « Onze minutes et vingt secondes de souffle, de rires, de confidences, de gêne, d’exhortation à faire notre métier de journaliste ». Le verbatim ne fait voir à aucun moment un homme qui perd ses nerfs. La discussion est presqu’amicale, un grand rituel du journalisme off, le jeu du chat et de la souris, étant entendu qu’il n’y a que des félidés dans la salle. Le matois Sarkozy ponctue ses propos par d’aimables « je ne vous en veux pas », « faites votre métier ».

Le matois Joffrin comprend l’irritation mais ne s’attarde pas sur les bourdes de la confrérie. « Dans l’affaire de Karachi, comme nous l’avons écrit plusieurs fois, aucune preuve sérieuse ne vient démontrer qu’il aurait participé à un financement illégal ».

Sauf qu’à marteler à toutes les éditions qu’il n’y a aucune preuve, l’opinion comprend que Sarkozy a été jusqu’à présent assez malin et puissant pour passer entre les mailles.

C’est comme si on affichait à l’entrée d’une école « il n’y a pas de preuve que monsieur Untel soit pédophile mais il y a de fortes présomptions de culpabilité».  

Sur l’affaire, et les finances de la campagne de Balladur, « Libe » (et Mediapart ) ont d’ailleurs fait un excellent travail d’enquête, et exhumé des documents troublants.

Je suis cette histoire de répugnantes rétrocommissions avec attention. « On » comprend l’irritation de « Libé », sa détestation de Sarkozy, sur le fond, sur son style, sur ses rapports avec les journalistes mais pour autant, cher Laurent, la métaphore sur la pédophilie ne méritait pas un événement. Le titre racoleur faisant croire que Sarkozy a traité les journalistes de pédophiles est au moins aussi indigne de ce qu’on attend du journalisme que le langage de Nicolas Sarkozy sied  mal à un chef d’Etat. PG

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3 Comments
  • Courouve
    novembre 30, 2010

    « Le titre racoleur faisant croire que Sarkozy a traité les journalistes de pédophiles est au moins aussi indigne de ce qu’on attend du journalisme que le langage de Nicolas Sarkozy sied mal à un chef d’État. »

    Le « casse-toi, pauvre con ! » avait l’excuse de la provocation immédiatement antérieure « touche-moi pas, tu me salis ! »

    Le titre racoleur était délibéré à froid.

  • mouais
    novembre 30, 2010

    Vivement qu’il dégage en 2012!!!…

  • Russell Armstrong
    février 1, 2011

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