Ca veut dire quoi LES Français, LES Libyens, LES Japonais ? La chronique de Philippe Gavi.

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Titre du « Monde » : « L’ancien président Aristide est acclamé par les Haïtiens à son retour d’exil ». Aristide ayant été un sale type, c’est à désespérer. Ouf : l’article de l’envoyé spécial ne dit pas ça. Je lis qu’Aristide « a été acclamé par plusieurs milliers de ses partisans ». Qu’il ait encore des partisans est un fait, mais ce ne sont pas LES Haïtiens, pas plus que les pro-Kadhafi (qui semblent encore nombreux au moins à Tripoli) ne sont LES Libyens.

Rien n’est plus manipulable, plus propagandiste que « les ».  « A force d’immigration incontrôlée, les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux », a dit Claude Guéant. Le ministre de l’Intérieur étant français, je présume que c’est  ce qu’il pense, lui, et peu importe qu’il pense comme Marine Le Pen, qui n’est pas mon curseur.

Il est normal, usuel, commode de dire « les Français » quand on parle d’une majorité statistique, notamment électorale, mais ça s’arrête là. Plus de 50 % des Français ne partagent pas les idées étriquées de Claude Guéant et de Marine Le Pen. Moi aussi je suis français, et je n’ai pas le sentiment d’être un étranger dans mon pays, même parfois, à moins de se référer à l’Etranger de Camus. Moi dont la mère, d’origine polonaise, se disait citoyenne du monde, j’ai toujours détesté ce sentiment du chez soi exclusif appliqué à un pays. Je préfère le « We are the world » et le métèque de Moustaki. Chez moi, je le suis aussi en Lybie quand les soldats français  pilonnent les positions de Kadhafi.

LES Japonais ? Tous les commentateurs ont salué l’extraordinaire dignité du peuple japonais. Ils ne paniquent pas, gardent le sourire, sont pudiques, ne montrent pas leurs morts. Foutaises. En quoi souffrir en silence serait plus digne que manifester ses émotions ? Les autres peuples, pakistanais, indonésiens, néo zélandais, etc…qui victimes d’une catastrophe, ont manifesté leurs souffrances seraient indignes ?

Le sourire, l’impassibilité ne veulent rien dire. A chacun ses us comportementaux. Par exemple la distance d’évitement, quand deux piétons vont se croiser sur un trottoir. Les Japonais font un écart au dernier moment. Tel est du moins un des paramètres qu’a intégré dans son logiciel le physicien, spécialiste des particules, qui fut chargé d’évaluer les risques de mouvements de foule dans le stade de France en tenant compte des particularités nationales des spectateurs.

Pour autant, les Japonais sont comme tout le monde. Il y en a qui sont formidables, et d’autres pas du tout, je pense aux Japonais qui ont commis d’épouvantables crimes de guerre pendant la deuxième guerre mondiale.

Cette histoire de la « dignité de la victime » est stupide. La victime est en droit d’exprimer ses émotions, sa colère, pourquoi pas son désir de vengeance.

Tiens donc, dés jeudi soir, les JT ont fait entrevoir des Japonais manifestant au centre de Tokyo contre le nucléaire et les pouvoirs publics. Je gage qu’après la grande messe, un tas de Japonais en colère demanderont des comptes à leur gouvernement. Les autorités japonaises ont été au dessous de tout. Comme ce crétin de maire de Tokyo qui a expliqué que tout ça c’était la colère de Dieu pour punir l’égoïsme  

Sans tomber dans la parano, l’affaire du Mediator, le plantage de Carlos Ghosn ou Fukushima confirment qu’il vaut mieux présumer que les experts,  si compétents et sérieux paraissent-ils, n’ont pas tout prévu. Comme il faut se méfier de l’arrogance des militaires. Il fallait être stupide pour poster les troupes françaises au fond d’une cuvette à Dien Bien Phu, en présupposant que le Viêt-Minh n’était pas capable d’acheminer un armement lourd pour pilonner nos troupes depuis les sommets.

Il y a quand même des évidences dont on se demande pourquoi elles ne sont pas évidentes. Que la vague du Tsunami peut atteindre vingt mètres, même si c’est rare, en conséquence de quoi, à Fukushima, elle a mis hors circuit les installations électriques et le système de refroidissement.

La vérité est bassement matérielle, économique : prévoir le pire coûte trop cher ; en plus, aucun système ne peut garantir un risque zéro. Mais il peut mieux faire, s’il est poussé à la roue.

C’est la moindre des choses que de tenter de tirer les leçons d’une catastrophe qui était jugée impossible parce que non imaginée, ce qui ne signifie pas qu’elle était inimaginable.

Franchement, on a raison de s’alarmer quand on réalise que sa vie dépend de la hauteur d’une vague, de la direction du vent, des lances à eau des pompiers, de l’honnêteté et des compétences des autorités responsables. PG

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2 Comments
  • Lorenzo
    mars 21, 2011

    Comment peut on partir en guerre contre un pays sans demander l’avis de son peuple (la France) Lors des éléctions 2007 cela n’était pas au programme LA GUERRE CONTRE LA LYBIE un référendum aurais du avoir lieu pour demander l’avis du peuple Français sur cet engagement… Au lieu de ça on décide en haut lieu de notre avenir sans aucuns accord des Français… Ou est la DEMOCRATIE dans tous ça ?

  • marianne
    mars 21, 2011

    Il y a des mots que je ne connais pas alors peut-être que ma question vous fera rire. Pourquoi est-ce que le chroniqueur est Philippe Gavi alors que c’est signé JF Revel ? Qui est qui ? Merci de me dire. Marianne