Quand Aurélie Filippetti et son cabinet dessinent l’avenir de France 3

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« Le ministère de la Communication étudie deux pistes d’évolution de France 3, ont indiqué lundi des syndicats, l’une vise à développer l’information au détriment d’autres programmes, l’autre à accroître la part des émissions régionales au détriment des nationales.
L’intersyndicale France 3 Pôle Sud Ouest a rencontré vendredi deux conseillers en charge du dossier au ministère de la Communication.

Deux pistes d’évolution ont été évoquées par les conseillers vendredi. L’une prévoit de « gérer la contrainte budgétaire en région en se recentrant sur l’information au détriment des programmes régionaux », selon le communiqué de l’intersyndicale. L’autre propose d’accroître la part des programmes régionaux. Actuellement, près de 90 minutes sont dédiées chaque jour sur les chaînes de France 3 à des programmes régionaux (JT, magazines, divertissement), le reste étant du national… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tel est l’extrait d’une dépêche de l’AFP publiée en début de semaine. Et celle-ci, comme on peut le lire, fait état d’une visite d’une délégation de syndicalistes de France 3 venue aux nouvelles dans les bureaux même du ministère de la Culture et de la Communication rue de Valois. On y a parlé avenir de la chaîne, programmes, place de l’information et j’en passe…Sans que personne ne s’offusque, – ni dans la presse, ni dans les étages de la présidence de France Télévisions-, que ce soit dans les bureaux mêmes d’un ministère et pas le moindre, que se discutent les contenus d’une grille de programmes d’une chaîne !

Court-circuitant leurs dirigeants, ces syndicalistes sont donc allés tailler une bavette avec des conseillers d’Aurélie Filippetti auto-promus directeurs des programmes de France 3. Tout cela au moment où englué dans un bourbier budgétaire innommable, le PDG de France Télévisions ferraille avec quelques cols blancs à Bercy, afin de sauver son entreprise d’une déconfiture budgétaire annoncée.

Avez-vous discuté de ce « Grand Soir 3 » avec votre tutelle ? Interrogée par le site Puremédias, Rémy Pflimlin a répondu, « Pour les contenus, nous sommes indépendants. L’offre de programmes est élaborée par les équipes en interne puis nous informons effectivement au préalable notre actionnaire. Il y a un dialogue. Et pour l’information, notre indépendance est essentielle et totale ». Voilà pour la langue de bois. Mon petit doigt me dit que l’intéressé a du modérément apprécié la démarche. Car en croire l’AFP, on n’a pas discuté grille des salaires, tickets restaurants ou évolution de la redevance dans les étages du ministère, mais bien plus que cela: création et  contenus.

Il est inadmissible qu’un PDG de chaîne, en 2012, soit traité comme l’on traitait les dirigeants de l’ORTF il y a  plus de 40 ans. Il n’est pas tolérable que des syndicats aillent faire la queue aux portes d’un ministère, oubliant que France Télévisions n’est pas une aciérie en capilotade, mais une entreprise d’information et de divertissement en principe indépendante du politique. Et il est scandaleux qu’un cabinet ministériel se substitue à des professionnels de l’audiovisuel, tenus à bout de gaffe par une tutelle de plus en plus interventionniste.

Et qu’enfin pour clore le tout, une ministre, Aurélie Filippetti, se mette à évoquer, à tout-bout-de-champs, comme ce matin sur France inter, les questions de création ou le sort de Soir 3.

On a suffisamment reproché à Nicolas Sarkozy de peser sur les chaînes publiques et de convoquer, comme bon lui semblait, des dirigeants passés au Karcher, pour accepter que se répètent ces mêmes pratiques, à gauche. S’il y avait dans les cabinets ministériels des génies ignorés de la programmation, cela se saurait. Qu’on  laisse donc aux journalistes, dont c’est la fonction et aux professionnels de la profession, dont c’est l’ADN, le soin de décider. Loin de cette « tutelle », puisque c’est le terme usité, – un mot qui devrait disparaitre du vocabulaire audiovisuel. Et en toute liberté et indépendance.        

 

 

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