Mali ou les huis-clos d’une guerre sans médias, ni témoins

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Plonger dans les archives de la guerre de « 1914-1918 » revient à découvrir des trésors. Ainsi les « poilus » de Verdun furent-ils un jour réquisitionnés afin de « rejouer », face aux caméras du Cinéma des armées, des scènes, entièrement reconstituées, où l’on voyait des soldats français victorieux enfoncer, baïonnettes aux canons, de fantomatiques tranchées allemandes! Destinées à l’opinion française, ces images de propagande inondèrent les salles de cinéma parisiennes. De la même manière, l’armée Russe officialisa, images à l’appui, la libération du camp d’Auschwitz que quelques semaines après sa libération effective, une fois ses derniers occupants, -une poignée de déportés fantomatiques-, soignés et remis sur pieds, afin que des images de liesse, s’il en fut, puissent être exploitées par la propagande de Staline.         

De tous temps, guerres et conflits ont fait l’objet de manipulations médiatiques. On se souvient de ces contingents de journalistes embarqués, -« embedded »-  par la coalition durant la première guerre du golfe sur le théâtre d’opérations transformés en safari photo pour Gentils membres en mal d’images et de sensations.

De la même manière, mais pour d’autres raisons, le conflit malien, qui vire au huis-clos, risque vite de tendre les relations entre une profession, fermement cantonnée à Bamako, c’est-à-dire à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de front, et des militaires décidés à sanctuariser leur champs de manœuvre. Pas une image, pas un son, pas un témoignage.

Si les politiques à Paris et les galonnés de l’Etat-major invoquent la dangerosité du conflit, les journalistes présents sur place ne l’entendent pas de cette oreille. Afghanistan, Tchétchénie, Bosnie, Irak…bien d’autres théâtres de conflits ont vu toute une génération de reporters d’images braver ces interdits, au nom du droit à l’information.

Car il semble bien y avoir une autre explication à ce début de censure. Cette guerre, puisque s’en est une, a de cela de particulier qu’elle est menée pour la première fois, côté français, non pas par des troupes régulières, mais par des « Forces spéciales ». Ce qu’explique excellemment bien le directeur de l’information de France Télévisions, Thierry Thuillier. Tenus au secret, entrainés dans la clandestinité et rompus à des règles qui échappent à toute logique médiatique, ces militaires, parfois encagoulés pour les médias et souvent encadrés par des officiers de la DGSE, ne sont pas là pour la galerie. Et toute publicité autour de leurs opérations coups de poing va à l’encontre d’une culture du « black-out ».

Tout cela émoustillera les midinettes et les amateurs de films à gros budgets, mais une démocratie ne peut s’embarrasser de tels clichés: des soldats français se battent dans une région reculée de l’Afrique et l’opinion doit pouvoir avoir toutes les réponses aux questions qu’elle se pose sur un conflit qui se joue pour l’instant à huis-clos. Et dans les bacs à sable d’un état-major gonflé à l’hélium.

Les téléspectateurs ne pourront pas éternellement se satisfaire de micros-trottoirs réalisés dans les rues de Bamako, quand il est même interdit aux équipes de TF1 et de France 2 d’aller filmer les ailes d’un Rafale! Engagée dans un conflit dont on ne sait pas quel en sera l’issue, la France s’offre une guerre aussitôt médiatiquement confisquée par le locataire de l’Elysée et ses généraux et dont les seuls détails nous sont donnés, au compte-goutte, par un ministre de la défense qui n’est pas le patron de la « Grande muette » pour rien.

Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire et il serait temps qu’un début de transparence s’impose. Avant que l’on apprenne que de jeunes soldats français sont morts en catimini à plusieurs milliers kilomètres de Paris.           

 

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7 Comments
  • Buena
    janvier 14, 2013

    et le fait d’etre les seuls en France a faire le jeu des islamistes en publiant une photo d’un cadavre de soldat français , c’est pour punir l’armee française ?

    P…. de journalos de merde

  • Phil
    janvier 14, 2013

    Si les journalistes savaient tenir leur langue peut être que l’armée ne serait pas si frileuse a communiquer . Le voyeurisme n’a d’intérêt que pour vous les journalistes alors arrêter de pleurer parce qu’on ne vous laisse pas jouer avec votre sucette !

    • MindFields
      janvier 14, 2013

      @Phil : c’est vrai, comptons uniquement sur nos gentils politiciens pour nous tenir informés et nous dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité sur la guerre qu’ils mènent avec notre argent. Ils n’iraient pas nous mentir quand même!

      • Gili
        janvier 14, 2013

        @MindFields : Ce genre de photo macabre n’a rien a voir avec de l’information, c’est au mieux du voyeurisme a fin commerciale, au pire une forme de complicité .
        Quand a la discretion relative aux operations conduites par les armees , c’est facile de comprendre qu’il puisse y avoir des risques liés a la sécurité des journalistes mais aussi des militaires. De toute maniere , la vérité finira toujours par sortir.
        Mais c’est vrai que ce genre de choses peut être difficile a comprendre pour les neuneus du cafe du commerce qui voient des complots partout.

        • MindFields
          janvier 14, 2013

          @Gili : c’est vrai, on n’a qu’à la fermer et les laisser dilapider de l’argent que l’on n’a pas, on fera le point dans 20 ans. Ca c’est intelligent. Ne faisons pas comme ces idiots d’américains, qui exigent l’accord du parlement pour se lancer dans un conflit armé, et qui médiatisent toutes leurs opérations. Tous des neuneus de café du commerce! D’ailleurs s’ils arrivaient à quoi que ce soit en matière militaire ça se saurait.

          • Gili
            janvier 14, 2013

            @MindFields : Réponse qui montre votre ignorance , les américains sont au contraire extremement précautionneux dès lors qu’il y a des risques pour leurs soldats et pour la conduite des opérations . Et leur journalistes n’ont accès aux zones de combat que lourdement encadrés ..et dirigés.
            Quant à la nécessité d’obtenir l’accord préalable du congrès , ce n’est qu’en cas de déclaration de guerre en bonne et due forme … exactement comme en France…

            Mais c’est bien connu , on n’apprend pas grand chose au café du commerce…

  • jacquou
    janvier 15, 2013

    Pas d’accord avec vous… et je suis un ancien journaliste. Dans le désert, contre les jihadistes, les forces spéciales ont un sacré boulot å effectuer. C’est dangereux et difficile. Idem pour les avions et hélicoptéres de combat. Ce n’est pas un show pour les médias, désolé.