Un ancien des "RG" raconte Patrick Buisson et son stylo enregistreur

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C’est l’histoire de l’apparition d’un « personnage étrange », Patrick Buisson, que raconte dans un livre à paraitre, – Connivences au service de l’Etat ( Editions du Moment)-, un ancien flic des Renseignements Généraux, Alain Prissette. De l’existence de Mazarine à la traque d’Action Directe, jusqu’aux escapades de Cécilia Sarkozy, ce policier connu comme le loup blanc d’un très grand nombre de journalistes, dont l’auteur de ces lignes, revient sur ses années de planques et d’enquêtes.

C’est ainsi qu’il revient sur sa rencontre au milieu des années 70 avec un être « totalement paranoïaque», Patrick Buisson, alors à Minute, un hebdomadaire d’extrême droite dont il prendra les rênes en 1986. Alain Prisette se souvient avoir entendu un jour un journaliste de cette rédaction lui avoir raconté que Buisson lui avait exhibé « un gadget de prédilection, un stylo enregistreur. Il y a les graphomanes, Buisson, lui, est un enregistromane », écrit celui qui ajoute, enquête à l’appui, qu’à l’époque déjà celui qui allait plus tard coloniser le cerveau de Nicolas Sarkozy, enregistrait systématiquement toutes les conversations qui se déroulaient dans son bureau, au siège de ce journal.

On y apprend également que Patrick Buisson s’est fait remarquer la toute première fois par Laurent Solly, le chef de cabinet de Nicolas Sarkozy quand ce dernier occupait le portefeuille du Budget, sous la mandature d’Edouard Balladur. Devenu l’un des cadres dirigeant de TF1, Laurent Solly, (aujourd’hui à la tête de Facebook France), installa Buisson à LCI, où il fit les beaux jours de l’émission Politiquement show avec Michel Field, avant de l’amener à Nicolas Sarkozy en 2004. «Le futur président de la République est alors bluffé par l’assurance avec laquelle son interlocuteur prédit la victoire du « Non » au référendum sur la Constitution européenne…Début d’un compagnonnage de dix ans entre Buisson et Sarkozy qui voyait cet érudit conseiller comme son propre hémisphère droit ».

Alain Prisette explique que si Patrick Buisson a exercé au fil des mois un tel ascendant sur l’ancien chef de l’Etat c’est notamment en raison de la baisse de considération des « RG » aux yeux du pouvoir. Longtemps considérés comme les yeux et les oreilles de l’exécutif, les Renseignements Généraux ont souffert, ajoute l’auteur, de la dissolution en 1994 de l’Office central de statistiques et de sondages du ministère de l’intérieur (Ocss), une cellule chargée de réaliser des enquêtes d’opinion nourries à partir d’un étroit maillage du territoire. Jugé trop politique par Charles Pasqua, ce service fut supprimé, avant que les « RG » eux-mêmes se voient raboter leurs champs d’action et épinglé, car pris en flagrant délit d’une écoute sauvage du Conseil national du Parti socialiste, le 6 juillet 1994. Une bombe médiatique.

Buisson a-t-il supplanté, à lui seul, les « RG » dans l’esprit de celui qui l’écoutait lui mouliner dans son bureau les analyses les plus fines sur l’état de l’opinion? Sans doute, à lire Prisette qui termine ce chapitre en évoquant l’influence intacte qu’aurait eu jusqu’à une période récente Patrick Buisson sur la ligne éditoriale de Valeurs Actuelles, dont il fut longtemps l’un des collaborateurs et inspirateurs. «Il s’est rapproché de ses anciens amours. Je le sais de source sûre », écrit l’auteur. « Il demeure un conseiller de l’ombre d’Yves de Kerdrel, le patron de Valeurs Actuelles. C’est lui qui veut préparer, en s’appuyant sur cet hebdomadaire, le retour d’une droite dure au pouvoir».

Mais à l’heure où cet ouvrage était sous presses, l’hebdomadaire en question changeait de mains et tombait dans l’escarcelle de deux anciens cadres dirigeant de TF1, Etienne Mougeotte et Charles Villeneuve: des journalistes proches de Nicolas Sarkozy mais qui à les en croire entendent rompre radicalement avec une ligne éditoriale dont Patrick Buisson était l’inspirateur.
Connivences au service de l’Etat. Alain Prisette et Grégoire Pinson, (Editions du Moment).

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