Quand journalistes et politiques font les beaux jours du marché de l’édition.

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L’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle, démissionné en avril 2014 pour s’être offert les services à l’Elysée d’un cireur de chaussures, s’apprête à sortir un essai à charges contre le chef de l’état. Publié incessamment sous peu chez Grasset, cet ouvrage attendu risque de provoquer à nouveau quelques fortes turbulences dans le paysage politique. Le poids des mots…Jamais le marché de l’édition n’avait été autant en pointe, jusqu’à éclipser une presse écrite à la traîne et condamnée à batailler pour se disputer la publication d’extraits de livres aux effets considérables.

Conséquence de la paupérisation de la presse écrite, où la diminution des effectifs et des moyens obligent les rédactions à adopter des rythmes et des modes de travail proches du stakhanovisme, un grand nombre de journalistes migrent vers une industrie qui a remplacé, peu ou prou, lesservices enquêtes des quotidiens ou magazines. Car là où un patron de rédaction donne aujourd’hui huit jours à l’une de ses plumes pour enquêter sur telle ou telle affaire, une maison d’édition accordera 18 mois au même auteur pour réaliser ce même travail.

Il est loin le temps où des reporters partaient deux mois à l’autre bout du globe avec des moyens illimités: c’est avec un flegme tout ce qu’il a de british que l’ancienne figure de l’Express, Jean-Louis Schreiber, signa un jour la note de frais roborative de l’un de ses envoyés spéciaux revenu des confins de la Chine, une note sur laquelle figurait entre quelques notes d’hôtels, l’achat d’un cheval !

Ainsi des politiques, ou apparentés, qui publient en rafale des pavés qui sont autant d’évènements, dont la presse fait des resucées. Tels, depuis la rentrée, des livres de Nicolas Sarkozy, de Patrick Buisson, des journalistes Gérard Davet et Patrice Lhomme ou encore, des deux tomes d’Anne Pingeot, dont la correspondance amoureuse avec François Mitterrand constitue une formidable fresque. Et une « cash machine » pour sa maison d’édition, Gallimard. Car tous ces ouvrages ont pour première vertu de très bien se vendre, jusqu’à porter le chiffre d’affaires des maisons qui les abritent. En recul de moins de 3%, cette année, le marché du livre se porte extrêmement bien, comparé à celui de la presse, qui ne cesse de piquer de nez avec des statistiques terrifiantes.

C’est à ce point un tournant dans la longue histoire de la relation entre ces deux mondes rivaux, que sont l’édition et la presse, que c’est la première fois sous la Cinquième République qu’un ouvrage – «Un président ne devrait pas dire ça…» fait se basculer sur son socle un Président en exercice. Quand il y a 40 ans, c’est un journal, le Canard Enchaîné, qui entraînait Giscard dans sa chute, avec l’affaire des diamants. On peut d’ailleurs s’interroger au passage sur l’insolite statut de ces deux journalistes du Monde,  pour qui ce journal n’est plus qu’une annexe, la carte de visite, de leur petite jolie PME. En effet, la soixantaine d’entretiens que Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont eu au cours de ces dernières années avec François Hollande leur ont permis de noircir moins les colonnes du quotidien qui les emploient, que les pages d’un best-seller, autrement  plus lucratif vous en conviendrez. A ce propos, je me souviens avoir demandé à Christophe Barbier, alors patron de L’Express, s’il m’autorisait à me lancer dans l’écriture de tel ou tel ouvrage. Il me donnait à chaque fois son feu vert, avec cette remarque : « C’est bien pour l’image de journal. Ainsi que pour l’augmentation que tu me réclames et que je ne peux pas te donner» Désespérant

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