Renault rachète Challenges et Carlos Ghosn s’offre une danseuse

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L’information est pour le moins saugrenue : Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, a annoncé que son groupe rachetait (pour quelques 5 millions d’euros)  le magazine Challenges, mettant ainsi un (minuscule) pied dans la presse. Propriété de Claude Perdriel, (photo) fondateur de l’Obs et du Matin de Paris, cet hebdomadaire économique tombe ainsi et pour des raisons obscures dans l’escarcelle d’un groupe qui nous ne avait pas habitué à pareille facétie.

Car ce rachat n’a strictement aucun sens sur le plan stratégique. Sauf à imaginer que le patron de Renault imagine s’offrir une danseuse, voire un relais d’influence (illusoire quand on connait le souci d’indépendance de son équipe rédactionnelle), cette opération fait penser à ces capitaines d’industrie saisis un beau matin par le mythe de Citizen Kane. La raison avancée par Carlos Ghosn est pour le moins alambiquée : « Ce projet s’inscrit pleinement dans la stratégie du groupe Renault qui vise à offrir de nouveaux services connectés de qualité et à améliorer l’expérience de ses clients« , commente-t-il dans un communiqué. Si l’idée d’offrir, à l’horizon 2025-2030, des contenus aux clients des futures voitures autonomes de la firme française n’est pas sotte, que vient faire ici cette petite publication? Car si l’objectif est de transformer à terme l’habitacle d’un véhicule en salon roulant ou en salle de vidéo, c’est vers de l’image que devront se diriger les constructeurs. Ainsi d’Universal et de Netflix qui ont engagé des discussions avancées  avec certains d’entre eux (dont Tesla) en vue de la diffusion de contenus enrichis et connectés à ces voitures du futur. Tous les grands constructeurs mondiaux travaillent sur des « concepts cars » qui mêleront le digital et le robotique à l’intelligence artificielle. Sans faire injure aux équipes de Challenges, on peine à saisir le pourquoi de cette acquisition et sa place dans ce contexte.

Faut-il y voir le geste d’un grand patron à  l’égard d’une figure de la presse  française qui au crépuscule de sa vie met de l’ordre dans le groupe qu’il a créé il y a maintenant cinquante ans? Cette là sans doute une raison bien plus vraisemblable. « La situation financière de la presse est mauvaise. On peut même s’interroger sur son avenir (…) Le magazine Challenges échappe encore à cette fatalité. En 2017, ses ventes, son audience (sur le print et le web) et son chiffre d’affaires publicitaire ont augmenté. Avec 4 mensuels – Sciences & Avenir, La Recherche, L’Histoire et Historia -, il forme un groupe indépendant, unique, consacré à la diffusion de la connaissance et du savoir. Mais les nuages noirs s’amoncellent. Les marchands de journaux, ruinés, ferment. La coopérative qui nous distribue ne peut plus payer l’intégralité de notre dû. Sur internet, pour accepter de diffuser nos contenus, les grands groupes et les principaux intermédiaires prennent jusqu’à 70 % de nos recettes publicitaires. Il y avait donc des raisons de s’inquiéter », écrit Claude Perdriel pour justifier la vente de ce titre. Carlos Ghosn  en l’espèce aura joué les mécènes et les sauveteurs.

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