Mathieu Gallet immolé sur l’autel de « l’exemplarité »

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Le limogeage par le CSA d’un PDG de l’audiovisuel public est donc une première en France depuis les créations successives de la Haute Autorité, en 1982, de la CNCL, en 1986, et du CSA, en 1988. Et Mathieu Gallet tombe de haut : lui qui espérait échapper à cette sanction, au nom de son appel dans sa condamnation à un an de prison avec sursis pour favoritisme et de la présomption d’innocence…Ses trois heures passées hier à ferrailler devant le CSA, assisté de ses avocats, n’auront pas suffi. Et le couperet est tombé.

Trois raisons expliquent cette décision.

  1. L’impératif devoir d’exemplarité. Le mot est sur toutes les lèvres au sein de l’exécutif depuis l’accession au pouvoir Emmanuel Macron. Et ce qui vaut en politique vaut également pour les responsables de grandes entreprises publiques. Les démissions forcées du gouvernement de Richard Ferrand et de François Bayrou, dans des affaires où ils n’ont pas été mis en examen, constituaient une sorte de jurisprudence en la matière. Même le cas de Gérald Darmanin,  en difficulté malgré ses démentis et le soutien de l’Elysée, semble pouvoir basculer à tous moments en raison d’un climat général  où pas un responsable politique et pas un dirigeant d’entreprise  ne sont désormais à l’abri.  Condamné, Mathieu Gallet voyait sa position se fragiliser au fil des semaines, pour devenir finalement intenable face au réquisitoire d’un exécutif extrêmement pressant. Le coup  de grâce est ainsi venu de la ministre de la Culture Françoise Nyssen qui réclamait publiquement il  y a quelques de cela la démission d’un Mathieu Gallet acculé.
  2. L’ampleur de la condamnation et l’épaisseur du dossier à charge. Mathieu Gallet, qui conteste depuis le début de cette affaire tout enrichissement personnel, n’a pas été épargné au fil d’une enquête aux conclusions accablantes. Les 400 000 euros de contrats de conseil attribués à différentes sociétés, alors qu’il dirigeant l’INA, sont au cœur d’un dossier devenu explosif. Dans son enquête, la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) se concentrait sur trois sociétés ayant travaillé avec l’INA dans des conditions douteuses. D’un côté, Roland Berger Strategy, sélectionnée pour conseiller l’établissement public au terme d’un appel d’offres de seulement cinq jours ouvrés. De l’autre, Balises et l’institut de sondages Opinion Way, deux sociétés choisies sans mise en concurrence pour l’emploi de Denis Pingaud, alors président de Balises, pour des missions de conseil personnel auprès de Mathieu Gallet. Les avocats de Mathieu Gallet, Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, ont de leur côté dénoncé une «enquête à charge» du parquet. En vain.
  3. Les frayeurs d’un CSA sur le fil du rasoir. Pour le collège d’Olivier Schrameck cette affaire était un piège à éviter coûte que coûte. Absoudre Mathieu Gallet et le laisser en place jusqu’à la fin de son mandat, c’eut été ouvrir un front périlleux avec l’Elysée et son locataire. Or les membres du CSA ne le souhaitaient pas à l’heure où le futur de l’institution fait l’objet de réflexions au sein du gouvernement et ce à l’aune du projet de loi sur l’audiovisuel qui sera voté au plus tard à l’automne. Ne pas injurier l’avenir: Il y avait moins de risques pour les membres de ce collège et son président à sanctionner Mathieu Gallet qu’à le maintenir en poste. D’autant que certains parmi ces membres  devront se chercher un avenir, un poste, une fois leur mandat achevé.
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